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Pierre Pontvianne au Festival June Events

Pierre Pontvianne au Festival June Events - MotifsFestival June Events – Les nœuds coulants de Pierre Pontvianne – « L’instant présent me semble compact. Comme un nœud, je cherche à le desserrer. » Cet instant, tel que le chorégraphe Pierre Pontvianne le définit, est prégnant et fuyant. Il est fait de souvenirs qui ressurgissent continuellement ; il est une trame qui se présente comme un alliage dense de formes et de temporalités, qu’il appelle Motifs. Sur un plateau carré, un duo évolue en cercle et en diagonale, laissant un récit-partition se mouvoir dans sa propre danse. Pour le suivre, il faut alors tendre l’oreille, et concevoir chaque traverse depuis une nouvelle ligne qui s’encre.

Motifs déploie une danse qui s’écoute, dans un silence immobile tout d’abord, puis dans tout ce que l’ombre pourra bientôt faire naître entre deux corps. Le premier – celui de Marthe Krummenacher – se voûte et se déplie doucement, dans des gestes et à un rythme à peine perceptibles. Des coups violents et des noirs sur scène annoncent l’arrivée du deuxième – celui de Pierre Pontvianne – venant rompre mutisme et solitude. Le duo formé, en paroles, a été séparé – le duo reformé, en danse, sera rassemblé. C’est un ici et maintenant qui se montre, ou plutôt : qui se noue et se dénoue. C’est un ici et maintenant de figures légères et graves à la fois, qui soulignent ou qui réactualisent une histoire qui se murmure au loin.

Car quelque chose plane au-dessus du duo, dans cette danse se faisant en clair et en obscur, comme si elle voulait elle-même énoncer sa propre partition. Accompagnant courses et tentatives de courses, une portée faite de mots se formule, ces mots auxquels Pierre Pontvianne confie tout pouvoir de musicalité. Ce sont des chuchotements à peine audibles, qui entrecroisent des syllabes suintantes et d’autres chuintantes. Liquides, ininterrompus mais aussi fragmentaires, gestes et phrases s’enchaînent à la façon de poèmes ou d’éclats, mimant des retours à la ligne ou aux vers, reproduisant des césures.

Festival June Events – La musique d’Aragon – la danse en balance

Homme et femme dansent ainsi comme ils lisent, ou comme ils écrivent un poème. Leurs mouvements et leurs voix se superposent et s’emmêlent, butent et raturent, cherchent et trouvent de nouvelles géométries, symétries, géographies. Entre leurs deux corps, les mots s’occupent alors seuls de refaire les liens. Et l’on croirait entendre la plume qui gratte le papier, les pages se tourner, à mesure que les gestes s’impriment, plus sûrs. Sur la scène, les regards de Marthe Krummenacher et de Pierre Pontvianne évitent de se croiser : c’est que leur histoire se profère dans le texte qui se susurre, dans ces « Rendez-vous » démultipliés.

Il faut bien tendre l’oreille pour reconnaître ce texte qui sort la danse de sa pénombre pour l’installer de nouveau en plein jour. Par extraits, ce sont Les Adieux d’Aragon qui font parade pour affranchir les danseurs et qui les entraînent dans le cercle, dans ce réseau sans cesse reproduit que signifient les Motifs. Le long poème balance entre absence et résurgence de l’être aimée, beauté et douleur, rendez-vous manqués et mains qui ont fini de se croiser. Il pleure la distance et l’attente dans les rues de Paris, dans des parcs en temps de guerre, dans des voyages partagés, réels ou illusoires. Il déploie un rêve, un bestiaire amoureux et une quête impossible. Et il fait surtout des phrases qui s’écrivent une course ininterrompue vers le souvenir de l’autre, exactement comme cette danse dans laquelle il s’agit d’attraper la présence de l’autre, pour la ramener à soi.

Du poème à la fugue, Motifs est une tentative de retrouver la main de l’être aimée, cette « main d’enfant enfui » et « perdue dans l’ombre ». La danse éclaircit la distance dans son calme puis dans sa soudaine lancinance, « étouffement de cris » fait mouvement, ruisseau fait fulgurance. Pour tout poète qui a perdu une trace, tout danseur la martèle alors à nouveau, et le couple peut être, même pour un court instant, réuni. Pierre Pontvianne et Marthe Krummenacher transforment les « bras de fumée » d’Aragon en désir foudroyant, où rien ne compte désormais autant que la minute, et la musique, qui se jouent ensemble.

Motifs
Chorégraphie : Pierre Pontvianne
Interprétation : Pierre Pontvianne, Marthe Krummenacher
Compagnie Parc
Musique : Benjamin Gibert
Création plastique : Pierre Treille
Création lumière : Valérie Colas
Création costume : Cathy Ray
Regards extérieurs : Emilie Tournaire
Crédit Photo Cie Parc
Création 2015 / Première à Paris dans le cadre du festival June Events, du 3 au 18 juin 2016, organisé par le CDC Atelier de Paris – Carolyn Carlson

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