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Badke au Festival de Marseille

Badke au Festival de Marseille BadkeDabke – Une inversion du mot qui renverse les codes de cette danse folklorique. La tradition s’enrichit des influences extérieures pour offrir une modernité renouvelée. Une folle énergie contagieuse envahit la scène comme un vent de liberté. Les dix performeurs palestiniens nous entrainent dans leur tourbillon jusqu’au vertige.

Badke commence en balbutiements… Noir sur le plateau. Des sons de voix et de pieds qui tapent en rythme remplissent la salle. Tout doucement, puis de manière plus affirmée. La lumière monte en crescendo comme une aurore qui signe le réveil des corps qui ne vont pas tarder à basculer dans un flot ininterrompu de musique. Une danseuse se détache du groupe pour esquisser quelques mouvements orientaux mêlés de contemporain. Une autre, casque sur les oreilles, se lâche dans une chorégraphie en solo. Les autres la regardent perplexe. Car la Dabke est avant tout une histoire collective. Une danse du Moyen-Orient qui trouve généralement sa place dans les mariages et les fêtes. Le plaisir d’être ensemble dans une synchronicité de mouvements menant à une joyeuse fusion.

Quand la musique surgit, la frénésie des corps s’installe. Une farandole bondissante à l’unisson enflamme littéralement la scène de son énergie rayonnante. Le groupe n’empêche pas les individualités de s’exprimer. Dans ce joyeux brouhaha où la Dabke est la ligne conductrice, chaque danseur trouve sa place pour insuffler sa personnalité et ses influences culturelles. Le contemporain, le hip-hop, les acrobaties circassiennes, la capoeira, le classique se distillent en petites touches subtiles qui ne rompent pas l’unité de fond, mais, au contraire, colorent la danse de nuances avant-gardistes. En solo, en duo, en trio, les danseurs construisent des espaces de jeu comme des apartés qui se greffent sans fausse note à l’ensemble. Des instantanés intimistes qui saisissent les émotions du moment contrastant avec l’hymne à la joie ambiant. Le public surprend ainsi les doutes, la colère, la mélancolie qui finissent toujours par s’effacer pour se fondre dans ce maelström frémissant de vie.

Entrez dans la danse

La musique entrainante de Naser Al-Faris, qui tourne en boucle sur toute la durée du spectacle, monte à la tête en bulles pétillantes qui mènent à l’ivresse. La répétition ouvre la voie à la transe qui achève de libérer les corps du carcan des conventions. Mais ce son obsédant peut également marteler le corps et l’esprit des danseurs comme une voie sans issue. Il leur faudra réinventer une partition de mouvements pour recomposer l’harmonie. Le spectateur, qui a bien du mal à ne pas rejoindre les danseurs sur scène dans leur sarabande, se demande combien de temps ces jeunes gens vont pouvoir garder ce tempo en allegro.

Badke au Festival de Marseille

La réponse vient d’une coupure nette qui crée un silence assourdissant sur scène. Le noir revient comme un nouveau début à mi-chemin. Couvre-feu ? Panne de courant ? Les danseurs s’immobilisent de stupéfaction. Comment continuer sans musique ? Le corps a des ressources inépuisables. Bientôt, la pulsion de vie reprend le dessus. Ils sifflent, ils chantent, ils se réunissent autour d’un distributeur d’eau comme autour d’une oasis et s’en servent en darbouka improvisée pour recréer un rythme qui réveille les corps. Moment émouvant qui engendre une rupture de ton et ajoute de la profondeur à la chorégraphie.

Quand la musique revient, la farandole reprend de plus belle, mais cette coupure s’inscrit en fissure dans l’unité pour laisser entrevoir les coulisses de la danse et la réalité d’une situation compliquée. Celle d’un pays en permanence sous tension où la menace fait partie de la vie quotidienne. Badke a été créé en 2013, grâce à une collaboration fructueuse entre les Ballets C de la B, le KVS et l’A.M. Qattan Foundation à Ramallah. Depuis 2007, ces organisations oeuvrent pour former des danseurs et des comédiens palestiniens. Badke est la troisième production d’un travail de longue haleine, chapoté par les chorégraphes et danseurs Koen Augustijnen, Rosalba Torres Guerrero et par la dramaturge Hildegard De Vuyst. La danse en énergie positive contrecarrant la fatalité et la Dabke en mouvements perpétuels qui s’inscrit en mémoire collective pour avancer vers l’avenir.

Badke
Palestine et Belgique – Création 2013
Conception et création: Koen Augustijnen, Rosalba Torres Guerrero, Hildegard De Vuyst
Création et interprétation: Fadi Zmorrod, Ayman Safiah, Ameer Sabra, Hiba Harhash, Salma Ataya, Samaa Wakeem, Mohammed Samahnah, Samer Samahnah, Maali Maali, Aseel Qupty (aussi créé avec Ata Khatab, Ashtar Muallem, Farah Saleh, Yazan Eweidat )
Crédit photo: Danny Willems

Vu au Silo le 2 juillet dans le cadre du Festival de Marseille

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