Théâtrorama

C’est l’histoire d’un homme. Ou plutôt c’est l’histoire des histoires qui se raconteront autour de lui. C’est l’histoire des différentes manières de raconter une histoire. C’est l’histoire de l’homme.

Dans un décor de cinéma avec projecteur apparent et musicien en live, doublage surround et surprises permanentes, on entend des morceaux d’une scène tirée d’un roman de Bukowski. Une femme déçue par son amant vient retrouver l’homme qui la fait vibrer. L’excitation est palpable, le danger imminent. Il y a du sexe sur la table et du whisky dans la tête.

Au fur et à mesure de l’avancée du spectacle, le récit avance vers son incarnation finale : une scène de théâtre de forme plus classique. Mais pour enrichir et préparer ce moment, notre perception aura été ouverte à toutes les influences.

Déconstruire le récit pour mieux le circonscrire

Le metteur en scène Gaël Leveugle désincarne la parole pour mieux la faire résonner. Il prolonge les mots par les lumières et les sons. Il nous déshabitue de la convention pour mieux nous faire entendre le récit et ses infinies possibilités. L’histoire qu’il raconte peut s’appréhender autant intellectuellement que sensoriellement et c’est là une des grandes qualités de ce spectacle.

Les tourments de la passion amoureuse sont figurés par des suicides de cinéma accueillis sur matelas. Des morceaux de musique pop ramassés ça et là dans les égouts des radios s’expriment par le chant – volontairement kitsch – des protagonistes. Ces musiques là nous rattachent au grand récit du monde, celui dans lequel nous baignons quotidiennement, et cela enrichit encore l’amplitude des sensations, tout en préservant le spectacle de l’esprit de sérieux. Le musicien sur scène accompagne par des sons de musique concrète les explorations littéraires des comédiens. C’est souvent fort intéressant, prenant, mystérieux. Il y a des morceaux de « Twin Peaks » là-dedans et des bouts de « Dogville ». Le cinéma s’infiltre dans le théâtre. La distanciation – il en faut bien un peu – contamine la vie et la rend plus spectaculaire.

Il n’y a dans ce spectacle qu’une seule longueur. La scène de théâtre « classique », l’aboutissement de la construction du récit, s’étire un peu trop et ce, peut-être par un curieux manque de radicalité. Elle commence par laisser les comédiens dans le nu de leur parole, puis choisit de les aider par un fond sonore de musique live, rattachant ce moment au reste et endormant un peu la proposition. Mais ce seul bémol n’enlève absolument rien aux qualités de l’ensemble.

La fin du spectacle réserve un dernier retournement de sens que nous ne révélerons pas mais qui permet à la mise en scène de démontrer toute sa subtilité, sa profondeur, son humour.
C’est un beau voyage qui est proposé là, plein de découvertes généreusement offertes aux spectateurs par ces explorateurs du récit.

  • Un homme
  • Inspiré de Charles Bukowski
  • Écriture et Traduction : Gaël Leveugle
  • Mise en Scène et Scénographie : Gaël Leveugle
  • Avec Charlotte Corman, Julien Defaye, Pascal Battus et Gaël Leveugle Voix OFF : Nouche Jouglet Marcus
  • Musique : Pascal Battus
  • Crédit photos: Franck Roncière
  • Vu au Festival OFF d’Avignon à La caserne

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