Théâtrorama

BEYROUTH HOTEL

Lost in translation

Un auteur de théâtre français est mené en bateau jusqu’au Liban par un metteur en scène qui projette l’intention de monter une de ses pièces. Mais l’accueil n’est pas à la hauteur des prétentions culturelles de l’auteur. Le metteur en scène reste invisible et l’attente dans un hôtel de Beyrouth plonge l’auteur dans un no man’s land transitoire, enrichi par la présence de la réceptionniste, seule âme à l’écoute de son hôte.


Leur rencontre débute par un quiproquo…Il cherche une chambre, elle offre son corps. Une attaque énergique comme le choc de la confrontation de deux cultures qui se découvrent. Du Liban, l’auteur n’en verra pourtant que l’hôtel. Voyageur centré sur lui-même, il ferme les yeux sur les mystères de la ville pour mieux se pencher sur un ego égratigné. Ses pièces restent aux oubliettes des œuvres littéraires, sa femme vient de le quitter pour un animateur radio, le metteur en scène qui lui avait promis la lune libanaise reste invisible… Cette chambre perdue au milieu de nulle part le place dans un face à face qui le force à se voir tel qu’il est vraiment. Isolé du monde, la réceptionniste tente pourtant de construire un pont fragile entre leurs deux rives. Leur conversation commence par former deux lignes parallèles, qui ne se rejoignent jamais, pour s’arc-bouter progressivement jusqu’à un point de contact où le moi parvient enfin à se projeter vers l’autre.

L’hôtel des deux mondes…
L’intimité est donnée comme une évidence. Une lumière chaude et tamisée vient caresser la scène, un tête-à-tête forcé qui rappelle un huis clos sartrien. Et pourtant une frontière invisible sépare les deux personnages. Quand elle tente de franchir la ligne, l’auteur la remet à sa place. Epuisé par sa solitude, il cherchera à son tour à réduire l’espace qui les sépare tous les deux. Le fossé qui les éloigne semble insurmontable. Lui, l’occidental qui vit dans la facilité du confort et de la consommation à profusion, exhibe une gravité et une mélancolie profonde. Elle, l’orientale qui survit dans un pays ravagé par la guerre et qui se reconstruit entre les tentatives d’attentats, affiche une légèreté et une envie de jouir de l’existence par tous les bouts. Le contraste est renforcé par un rythme lent qui plonge le public dans une ambiance où le temps semble se suspendre. Le temps s’invite comme le personnage invisible de la pièce. Les silences s’allongent pour donner une importance particulière aux phrases les plus anodines. Les détails deviennent capitaux dans ce quotidien dénué de sens. La simple présence de Niels Arestrup suffit à transmettre le malaise de cet auteur en quête de lui-même qui affronte ses parts d’ombre. Isabelle Le Nouvel apparaît comme une lumière en second plan qui équilibre les énergies en scène.

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