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Ma vie en prison mis en scène par Franck Bizet et Jérôme Esselin

Ma vie en prison Un seul en scène époustouflant, livré d’une traite, comme un témoignage simple et sans appel. A travers Ma vie en prison, Monsieur Gigi met en lumière ce monde parallèle, souvent méconnu. Rencontre au cœur d’une solide amitié.

Quel a été le point de départ de Ma vie en prison ?

Franck Bizet, metteur en scène: Je connais Monsieur Gigi depuis quinze ans. On partage une même passion pour le théâtre, et tous les ans on se retrouve à Avignon pour faire le festival en tant que spectateurs. Il y a deux ans, nous sommes allés voir ensemble une exposition d’art contemporain à l’ancienne prison d’Avignon, une prison intramuros qui a été fermée par Elisabeth Guigou. Monsieur Gigi nous a fait la « visite guidée » des lieux. On a trouvé que son témoignage était intéressant : montrer ce qu’il se passe de l’autre côté des murs, découvrir un environnement, un milieu qu’on ne connaît pas du tout. On s’est dit qu’il y avait un récit à développer et mettre en scène.

Jérôme Esselin, metteur en scène: J’ai connu Gigi à sa sortie il y a 25 ans. Il m’avait confié cette étape de sa vie. Il ne s’était pas répandu. Je crois que peu de gens étaient au courant. Quand on a commencé à parler de ce projet de spectacle, j’ai pris le parti de m’y investir corps et âme, parce que j’avais été touché, à la fois d’abord par le personnage de Gigi, et ensuite, par cette histoire, Ma Vie ne prison.

Vous prenez le parti pendant le spectacle, de montrer seulement l’intérieur de la prison…

Franck Bizet : En effet, pendant une heure, on fait l’expérience de la prison. On est plongé dans l’univers du monde carcéral. Le théâtre du Vieux Balancier s’y prête complètement. La dimension et la configuration du lieu permettent de reproduire une sensation d’enfermement. Les murs en pierre rappellent ceux où l’on a tourné les vidéos qu’on voit au début et à la fin du spectacle.

Jérôme Esselin : Je crois que Gigi avait vraiment envie d’expliquer à la fois les raisons qui l’ont conduit à ce moment de sa vie, un peu compliqué, et aussi de retracer avec une certaine justesse tout ce qu’on peut rencontrer du moment où on se fait arrêter jusqu’au moment où on passe devant le juge d’application des peines. Puis toute la détention. Je crois qu’il n’y a pas eu vraiment de décision de « parti-pris » de montrer l’intérieur. Nous avons essayé de faire le reflet le plus juste possible de ce que Monsieur Gigi avait pu connaître, parce que finalement, outre une petite anecdote, tout est vrai.

Qu’avez-vous eu envie de dire, de cet univers carcéral ?

Mr Gigi, comédien : La prison, très peu de gens l’ont vue, à part ceux qui ont été dedans. C’est très compliqué de visiter une prison. Moi, je ne suis pas là pour un débat : je pose simplement ma vision de la vie en prison. L’avantage d’une pièce de théâtre, c’est qu’on choisit de rentrer dedans, ou pas, et qu’on se fait son propre avis dessus.

Jérôme Esselin: Je pense que c’est comme une catharsis, une mise à distance après quelques années. C’est aussi une question de coût, finalement, une psychanalyse, ça vaut bien plus cher qu’Avignon !

Ce serait comme une forme de transformation, de partage ?

Mr Gigi : Chacun vit le spectacle à sa manière, en fonction des idées qu’il peut avoir sur le monde de la prison, du rapport plus ou moins proche qu’il entretient avec cet univers, des proches qui peuvent être en prison, une expérience personnelle… Beaucoup de gens qui ont fait de la détention viennent nous voir. Il y a aussi des professionnels du droit pénal. Ils viennent parfois avec un a priori critique : le monde de la prison transposé au milieu artistique, il y aura certainement des choses à redire. Et ils nous disent qu’on a tapé juste. Les retours qu’on a du public sont très encourageants. On nous dit que cette expérience immersive fonctionne assez bien. On a vraiment l’impression d’être en cellule avec Gigi. Quand on a démarré le festival, c’était une pure création, on n’avait pas encore testé le spectacle. Aujourd’hui, on est très heureux des retours qu’on peut avoir. Le plus marquant pour moi, c’est un jour, à la fin d’une représentation, un gars vient me voir, et me dit : « Maintenant, à chaque fois que je repasserai devant la place Stanislas à Nancy, je penserai à vous ! » Il commence à s’éloigner, puis il se retourne, et me dit: « Moi, je sors de six ans ».

 

Festival d’Avignon Off
Ma vie en prison
Un spectacle de la compagnie Bizet & co.
Ecriture, interprétation : Monsieur Gigi
Mise en scène : Franck Bizet, Jérôme Esselin
Durée : 1h

Tous les jours, à 12h, Au Vieux Balancier

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