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Florence Camoin sublime Nana

Zoom sur Florence Camoin et NanaAprès une création au Théâtre de Saint Maur la saison dernière, Florence Camoin présente Nana au Festival OFF 2017 d’Avignon. Retour sur une fresque historique et sensible, révélant avec délicatesse et bienveillance une Nana surprenante, au cœur de ses héritages et contradictions.

Florence Camoin, vous étiez présente, dans la salle, à la captation vidéo, à l’entrée, à l’accueil du public… Dans quel esprit inscrivez-vous cette forme polyvalente, d’être, au théâtre ?

Florence Camoin : Je suis une enfant de la balle, puisque mon père était sociétaire de la Comédie Française, ma mère est comédienne, elle sortait du Conservatoire… Toute petite, à 4 ans, je galopais dans les couloirs de la Comédie Française, j’ai même fait du vélo sur la scène de la Comédie Française ! J’ai une fascination totale pour le métier d’acteur, mais aussi pour tous les métiers qui l’entourent. J’ai une petite expérience de tous les métiers du spectacle. Un beau jour, j’ai eu la chance d’être acceptée au sein des Ecrivains Associés du Théâtre, qui est une très belle association de 300 auteurs vivants, au début comme chargée de production. Je me suis mise à écrire. À force d’être entourée d’auteurs, on finit par oser. La difficulté, c’est d’oser faire les choses. J’ai commencé mon premier festival d’Avignon en 2007, avec une pièce sur Vauban qui a fait un très beau carton, salle comble. J’avais la chance que ce soit mon père qui joue Vauban. Un sociétaire de la Comédie Française à Avignon, il n’y en a pas cinquante, et Vauban est un personnage passionnant.

Pour vous, être à Avignon en 2017 avec Nana, qu’est-ce que ça représente ?

Florence Camoin : C’est l’aboutissement d’une envie, tout simplement, puisque j’aime cette histoire de Nana, je la trouve sublimement tragique. Même si j’écris des choses drôles, même si j’essaye de la rendre légère, c’est une grande tragédie. C’est le contrepoids de Denise dans Le bonheur des dames, que j’ai monté en 2013. C’est un peu le yin et le yang. Denise, c’est la petite jeune fille pure, qui revendique les droits sociaux, qui se bat, pour que les gens travaillent dans de meilleures conditions… et qui ne veut pas qu’Octave Mouret qui s’envoie des courtisanes comme Nana la traite comme la dernière des dernières. Denise arrive à Paris avec ses deux petits frères, il faut qu’elle trouve du boulot, et elle est sans concession. Nana, c’est un peu son contrepoids, mais avec tout autant de fragilités, tout autant d’interrogations. On voit dans le spectacle qu’elle n’arrête pas de se poser des questions, d’essayer de comprendre ce qu’est le monde dans lequel elle vit. Elle est sans arrêt en retard face au destin qui l’entraîne vers la chute, vers la mort. Personne n’avait encore monté Nana au théâtre. Ce que j’aime, c’est relever des défis, adapter des romans de Zola avec des milliers de personnages au théâtre, en faisant les choix qui nous plaisent, c’est génial.

« On se dira dans tout Paris : être ruiné par Nana, c’est le comble du chic ! »

 Comment choisissez-vous les personnages ?

Florence Camoin : Déjà, il y a les personnages principaux, comme Nana. Ensuite, c’est le choix de personnages plus forts, comme le directeur du Théâtre des Variétés. Jojo, mon affreux Jojo, est le mélange de plusieurs personnages. Il représente l’archétype du comédien raté. Il y a aussi le banquier, parce qu’il fallait un riche pour se faire plumer… Il y a ces hommes qui sont bons vivants et qui ne s’en font pas. Ils veulent vivre, même si Nana meurt, ils sont dans le bal. A contrario, le Comte Muffat s’écroule, s’aperçoit qu’il est cocu, il va payer tout ça très cher. Il est fou d’amour pour cette femme, et en même temps, il y a les convenances, il y a la religion. Ce personnage est plein de tabous, c’est assez fascinant de traiter un personnage qui est plein de tabous, qui se fait entrainer dans la chute par Nana.

D’où est parti le désir d’adapter Nana pour le théâtre ?

Florence Camoin : J’ai vu le film avec Martine Carole et Charles Boyer quand j’étais gamine, quand j’avais 15 ans, je trouvais le personnage de Nana très romantique, j’avais lu le roman aussi. Quand je l’ai relu vingt ans plus tard, je me suis aperçue de tout ce qui se cachait derrière. On prend de la maturité soi-même, et puis on raconte une autre histoire… C’est peut-être mon questionnement sur ce qu’est la femme et la place de la femme sur notre planète. La place de la femme est très remise en question, et surtout ces derniers temps. C’est difficile pour une femme, dans notre société, de faire des métiers de patron, par exemple… Tout ça se cache derrière Nana.

Zoom sur Florence Camoin et Nana

Vous mettez souvent en avant des destins de femme…

Florence Camoin : Oui, Nana est cette jeune femme qui est perdue, qui aimerait connaître l’amour et qui a mal commencé. Quelque part, elle est dans un malentendu permanent. Elle est magnifique, géniale, sublime. Mais sa maman Gervaise a fini dans des conditions terribles, elle est héritière d’un destin terrible. Elle se retrouve, toute enfant, à faire le trottoir, donc elle n’a pas forcément une très belle estime d’elle-même, et puis elle n’a rien appris, elle n’a pas été à l’école. Que faire avec de l’argent ? Elle le dépense, elle s’en fiche, elle ne sait pas gérer. C’est toutes ces contradictions, ce désir d’être une femme honnête, d’aller au couvent, d’être une femme bien… Mais comment fait-on pour être une femme bien ? Finalement, elle s’aperçoit que les femmes bien ne sont pas si bien que ça… C’est aussi la société un peu hypocrite du 19ème siècle, on se demande si celle du 21ème siècle n’est pas tout autant hypocrite, peut-être d’une manière un peu différente. Parce que ça fait partie de l’être humain de se protéger, l’hypocrisie c’est comme le mensonge, c’est une manière de se protéger.

De quelle manière adaptez-vous un roman, pour le théâtre ?

Florence Camoin : Souvent, la réflexion dure très longtemps, mais l’écriture va très vite. Après, je laisse reposer. Quand je fais des adaptations comme Zola, je fais un premier jet très proche du texte de Zola. Dans Nana, il y avait un certain nombre de dialogues, mais il fallait aussi beaucoup réinventer. Ce qui me plaît, c’est de chercher toutes les situations qui sont très théâtrales, dans une œuvre, et les retranscrire au théâtre. Dès le début de l’écriture, j’essaie de me mettre à la place des spectateurs, je pense toujours « Est-ce qu’ils ne vont pas s’ennuyer ? Est-ce que c‘est important, cet aspect ? » Sans arrêt, j’ai envie de surprendre le public. Je ne peux pas les lâcher une seconde.

Rêvez-vous à une autre pièce de cette saga des Rougeon-Macquart ?

Florence Camoin : Elle est quasiment écrite. C’est un autre aspect, peut-être plus politique pour le coup, parce que j’ai relu le roman pendant la campagne présidentielle. L’époque de Napoléon III a aussi quelques échos avec la politique d’aujourd’hui. Il y a une femme, dans cette histoire. Ce sera une histoire de femme.

 

Festival Off d’Avignon
Histoire de Nana
D’après Emile Zola
Adaptation, écriture et mise en scène : Florence Camoin
Interprète(s) : Barbara Probst, Olivia Demorge, Xavier Béja, Jean-Luc Paliès, Alain Guillo, Philippe De Monts
Scéno/vidéo : L. Jimenez
Costumes : E. De Sauverzac
Lumières et photos : A. Gayan
Durée : 1h30

À l’Espace Roseau Teinturiers à 16h30

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