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Radhouane El Meddeb – Face à la mer pour que les larmes deviennent des éclats de rire

Radhouane El Meddeb  face à la mer Pour Radhouane El Meddeb, la danse est un mouvement global. Face à la mer pour que les larmes deviennent des éclats de rire permet au chorégraphe d’observer son pays d’origine et de proposer avec des danseurs et musiciens tunisiens un spectacle comme un état des lieux.

Marche à la mer

Ils se déplacent le long de lignes invisibles du fond à l’avant scène, de cour à jardin. Une foule d’individus au pas lent dans le silence de la scène. Ils traversent le plateau sur lequel des flaques de sel laissent autant penser aux traces de la mer qu’à celles des larmes. Les craquements de la nuit, les bruits de la rue loin de rompre la solennité de cette introduction renforce son aspect rituel. Bientôt accompagnés à la voix et au piano les danseurs se révèlent de véritables personnages qui se distinguent par leur vêtement, le rythme de leur marche, leur allure. Ils parlent, interagissent entre eux, se soutiennent mutuellement. Le chorégraphe a mis en place les conditions d’une rencontre mais la distance avec le public s’installe quand en ligne, prêt au salut, ils applaudissent.

Sacre du printemps

Il n’est pas possible de parler de la Tunisie aujourd’hui sans évoquer le printemps arabe et ses conséquences. Radhouane El Meddeb qui alors vivait en France (en 2010) revient pour ce spectacle à son pays d’origine comme un étranger. L’œil sensible qu’il promène prend le parti de montrer les espoirs et les déceptions, les larmes et l’angoisse comme la joie et les rires. Le travail avec différents interprètes permet de dégager un visage plus humain, plus réel du pays au travers de sentiments variés et nuancés. L’agencement toutefois des différentes séquences, le parcours des larmes aux rires, indiqué dès le titre, a quelque chose de forcé. La profession de foi et de confiance envers le futur sonne faux quand même le rire final semble forcé.

Etat de transe

Le rythme repris au pied par les jeunes danseurs du Sacre du printemps a quelque chose de fort et en même temps d’inquiétant. Comment ne pas frissonner devant ces rondes frénétiques, ne pas penser au sacrifice qui vient ? L’évocation de Stravinsky est peut-être fortuite mais mêlé au chant arabe, au danseur pris de convulsion on retrouve un même travail de transe. Une danseuse dévale la scène cherchant à attirer notre attention par un jeu de mains et un visage désespéré, elle crie, c’est une mère. Chaque personnage incarne un instant limite quand le groupe reprend ou ralentit ses mouvements paniques. Il y a à l’échelle d’un pays de beaux moments dans ce spectacle, toutefois c’est un état de trouble qui ne semble pas toujours trouver d’issue.

 

Festival d’Avignon
Face à la mer pour que les larmes deviennent des éclats de rire
Conception, dramaturgie, chorégraphie : Radhouane El Meddeb
Collaboration artistique : Moustapha Ziane
Avec Sondos Belhassen, Houcem Bouakroucha, Hichem Chebli, Youssef Chouibi, Feteh Khiari, Majd Mastoura, Malek Sebai, Malek Zouaidi et Mohamed Ali Chebil (chant), Jihed Khmiri (piano)

Scénographie : Annie Tolleter
Musique : Jihed Khmiri
Lumière : Xavier Lazarini
Costumes : Kenza Ben Ghachem
Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage

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