Théâtrorama

Les Larmes amères de Petra von Kant, amour de femme

Les Larmes amères de Petra von KantLa lecture de la pièce Les Larmes amères de Petra von Kant a été une claque pour Fanny de Font-Réaulx. Défi d’actrice et pari de mise en scène, elle a pris le texte à bras le corps pour proposer avec Louise Massin une adaptation sensible de la pièce de Rainer Werner Fassbinder.

Petra von Kant a fait de son nom une marque. Femme d’affaire intransigeante, elle est à la tête d’une grande maison de mode et affiche ses succès à la une des magazines. Entourée de sa mère et de sa fille, de sa meilleure amie et de son assistante, elle incarne une forme d’indépendance. Elle a eu deux maris, mais a la plus mauvaise opinion des hommes. Son amour propre avant tout, elle est bouleversée par la rencontre de Karine qui se présente un jour à sa porte pour devenir mannequin. Se projetant dans la jeune femme, elle s’en éprend follement, jusque dans la douleur et le besoin de possession absolue. Histoire d’une passion, Les Larmes amères de Petra von Kant constitue le théâtre de la démesure et de l’abandon, de l’orgueil et de l’humiliation : un mélodrame extrême où les personnages apparaissent la chair à vif.

Les Larmes amères de Petra von Kant: passion amère

Petra von Kant n’épargne personne, elle est trop aveuglé par elle-même sa douleur pour faire des concessions. Il faut tout le charisme d’une actrice pour tenir le rôle sans être dépassée par cette fureur. Fanny de Font-Réault trouve dans cette mise en scène la justesse de ne pas trop en faire. Le personnage est abordé par ces relations avec les autres. Sèche avec sa mère, lassée avec sa fille, elle multiplie les tonalités, mais ne se laisse pas facilement émouvoir. La solitude du personnage principal, bien que constamment entourée, apparaît à chaque prise de parole. Ce sont des tirades sans répliques adressée à la meilleure amie ou des gestes impérieux envoyés à l’assistante. La voix grave de l’actrice mène la partie quand sa diction nous entraîne toujours plus obstinément vers la folie. Le travail d’interaction au plateau souligne particulièrement le jeu des actrices et parvient avec nuances à montrer les rapports de forces et renversements qui anime la pièce.

Larmes d’indépendance

Insaisissable, Karine obsède Petra von Kant par ses absences même tandis que la discrète Marlène toujours à ses côtés échappe à sa vue. Les lois du désir sont ainsi faites. Les images des personnages qui annoncent l’arrivée des personnages sur la scène se joue ainsi des impatiences et des attendus. Marlène ne quitte jamais la scène, on n’annonce jamais sa présence mais on la constate. Rousse flamboyante dévouée à son travail et à sa patronne, elle magnétise l’assistance par son mystère. Un rôle muet inquiétant et protecteur qui tient du tour de force pour Delphine Lanniel. Karine manque peut-être un peu de substance à la manière d’un fantasme inabouti mais les actrices rassemblées dans une mémorable scène d’anniversaire donnent à cette Petra von Kant une densité rare. Le respect du texte et le jeu d’actrice prime dans cette mise en scène sur les effets de style pour un rapport plus cru au spectateur et aux émotions.

Les Larmes amères de Petra von Kant
De Rainer Werner Fassbinder / Traduction de Sylvie Muller
Mise en scène : Fanny de Font-Réaulx et Louise Massin
Avec : Fanny de Font-Réaulx, Caroline Fouilhoux, Flore Fitzgerald, Fleur Geffrier, Delphine Lanniel, Fannie Eloisa Lineros
Création vidéo : Suzanne Rault-Balet
Création Lumière : Geoffrey Kuzman
Musiques originales : Grégoire Mauffrey et Axel Saddier

Vu au Festival off d’Avignon

Vous pourriez aimer çà

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *



Théâtrorama

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir plus d'actualités et profitez de nos invitations

Votre abonnement est enregistré avec succès !

Pin It on Pinterest