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L’Avenir dure longtemps, Louis Althusser en prise avec lui-même

L'Avenir dure longtemps adapté par Michel BernardLouis Althusser a commencé son autobiographie alors qu’il était interné avec l’idée de s’expliquer, de revenir sur le meurtre de sa femme. Dans sa mise en scène de L’Avenir dure longtemps, Michel Bernard rétablit toute la complexité du personnage et entend rendre justice.

Rendre justice

Le corps de sa femme gît devant lui comme une incompréhension. Alors qu’il était en train de la masser, il a comme perdu conscience. Hélène est morte étranglée, mais Louis Althusser ne se souvient de rien. Déclaré irresponsable, il est envoyé en hôpital psychiatrique où il subit un régime d’électrochocs. Il est aussi encouragé par des médecins plus compréhensif à écrire oet ainsi commence son autobiographie. Il revient sur sa relation avec sa femme, son enfance, ses nombreuses crises de folie. Il cherche à se souvenir de ce qui s’est passé ce soir là, ce qu’il lui arrive. Il espère obtenir par ce livre, par la réception de L’Avenir dure longtemps, ce qu’il ne peut obtenir sans procès, une justice : qu’on le déclare coupable, innocent, avec circonstances atténuantes ou non.

Savoir à quoi s’en tenir

On peut multiplier les lectures dans cette pièce, voir les pensées d’un philosophe, les mémoires d’un homme malade et même les aveux d’un coupable sans procès. Michel Bernard ne cherche pas à trancher. Le trouble du spectacle est justement dans ce face à face, dans cette confrontation avec l’homme et ses ambiguïtés. Il aimait sa femme même si par moment elle ne pouvait plus le supporter. Elle l’aimait aussi même si elle lui demandait de la quitter, de la tuer. Le regard d’Angelo Bison est habité et capte notre attention sans la relâcher. Le comédien parvient à établir une réelle empathie avec le spectateur en ne cachant rien des contradictions de son personnage. Sa voix se fait brusque, son souffle est ample et les différentes tonalités dont il joue tantôt exalté et calme parviennent à nous donner l’idée d’un malade secouée par des crises de folie dont il est plus ou moins conscient mais contre lesquelles il n’a pas d’emprise.

Tentative d’explication

Angelo Bison parle devant un écran blanc. La neutralité des hôpitaux et des milieux carcéraux qui devient seule réalité empêche peu à peu de prêter attention au milieu extérieur. Derrière cette toile tendue, projetées sur des fenêtres, un travail vidéo qui passe inaperçu ; des radiographies un brin illustrative de mains, des arbres, des vues de Paris. Le décor en réalité importe peu et le metteur en scène pourrait aussi bien se reposer sur la seule performance de son acteur. Il n’y a pas de réponses au sortir de la salle. Coupable ou irresponsable ? Nous ne sommes pas tant des jurés que des observateurs patients de la complexité de l’individu. Cherchons plutôt à comprendre puisque tout peut arriver, la maladie comme la mort.

Festival Off d’Avignon

L’Avenir dure longtemps
D’après Louis Althusser
Adaptation & mise en scène : Michel Bernard
Avec Angelo Bison
Scénographie : Thomas Delord
Création Lumière & Vidéo : Marie Kasemierczak
Musique : Christian Coppin (The Social Sanity)
Assistant mise en scène : François Saussus
Crédit photos: Rudy Lamboray

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