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Penthésilée, la Fille de Mars

La Fille de MarsLa Fille de Mars… C’est en usant de la périphrase qui désigne la reine des amazones que Jean-François Matignon entend nous faire entrer dans l’univers antiquisant et romantique d’Heinrich von Kleist. Le metteur en scène qui se caractérise par son attachement au texte s’attaque avec La Fille de Mars à une nouvelle adaptation de Penthésilée.

Penthésilée erre sur le champ de bataille, l’ancienne reine des Amazone se remémore les combats de la guerre Troie. Elle erre sur le plateau dans une succession de monologues hallucinés. Il n’y a plus que la mort et les souvenirs, c’est une histoire de défaite et de sauvagerie. La vie des filles de Mars se règle sur le champ de batailles ; elles y trouvent honneurs et maris. Dans cette société matriarcale, on défait d’abord l’homme que l’on va épouser dans un combat singulier. La vie maritale est annexée à une victoire militaire. Héritière d’une famille d’héroïne, la fierté de Penthésilée lui commande de se mesurer à Achille héros des héros qu’elle entend vaincre. Elle tombe amoureuse de lui, mais il lui fait mettre le pied à terre. Il est épris d’elle, mais elle ne lui pardonnera jamais.

L’amour d’Achille

La Fille de MarsSur le plateau, la poussière des combats, un décor de bric et de broc où des miroirs, des souches, des arbres abattus et des ruines contemporaines s’élèvent pêle-mêle. À l’avant-scène, des projections achèvent de donner l’impression de chaos. La mise en scène multiplie les effets pour rythmer le texte. Les lumières évoquent un concert et le dynamisme des actrices donne envie de croire à certains moments à la possibilité d’une telle entreprise. Le choix pourtant de la traduction de Gracq alourdit le spectacle. Le texte devient impraticable à force de tournures ampoulées et sur scène ni la diction à la limite du compréhensible ni la gestuelle emphatique déployée ne parvient à exprimer quoi que ce soit des tourments de Penthésilée prise entre son amour pour Achille et son amour propre.

Orgueil et démesure

Entre la nudité et la superposition d’accessoires ridicules, les acteurs semblent piégés dans une mise en scène contemporaine. La mise en scène se disperse en une multitude de tics et aucun parti pris ne semble clairement dominer cette Fille de Mars. L’ambition de faire entendre un texte difficile semble contredite par la cacophonie ambiante. On crie, on gémit pour plus de bruit que de fureur. La sauvagerie de Penthésilée qui finit par dévorer son amant est même réduite au gag d’une actrice noyée dans le faux sang. Littéralement et sans recul, Jean-François Matignon assigne La fille de Mars à un romantisme lourd à la limite du caricatural.

 

Festival d’Avignon
La Fille de Mars
Texte : Heinrich von Kleist / Traduction : Julien Gracq
Collaboration artistique : Valérie Paüs
Mise en scène : Jean-François Matignon
Avec Johanna Bonnet, Sophie Mangin, Julie Palmier, Pauline Parigot, Thomas Rousselot, Sophie Vaude

Dramaturgie : Michèle Jung, Valérie Paüs
Scénographie : Jean-François Matignon, Jean-Baptiste Manessier
Lumière : Michèle Milivojevic
Vidéo : Laurence Barbier
Son : Stéphane Morisse
Crédit photos : Christophe Raynaud de Lage

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