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Ibsen Huis à Avignon

Ibsen Huis - architecture à jouer de Simon StoneInvité à présenter une création au In du Festival d’Avignon, le metteur en scène Simon Stone s’est attelé au défi de montrer le théâtre d’Ibsen comme on ne l’avait jamais vu. Synthèse de plusieurs pièces du dramaturge norvégien, Ibsen Huis et ses presque 4h s’impose comme un tour de force.

Ibsen Huis -Maison de famille

Difficile de résumer Ibsen Huis et ses intrigues enlacées. Unité de lieu mais pluralité d’actions et de temps. La pièce s’étale sur trois générations d’une même famille, à la manière d’une tragédie grecque sous le signe de la malédiction. La maison est au centre de tout et réunit une vaste galerie de personnages dont chacun porte sa propre histoire. On pense tout de suite avec le patriarche-architecte à la figure de Solness le constructeur. Simon Stone en a fait la première pierre de sa maison qu’il a scellée avec l’inceste, la pédophilie, l’adultère, l’addiction et le vol. Le metteur en scène qui avait déjà signé une adaptation du Canard sauvage, montre sa connaissance de l’œuvre en jouant aussi de références à Maison de poupée et Petit Eyolf. Une synthèse à la main parfois un peu lourde.

L’épreuve du microcosme

Si le metteur en scène voulait montrer l’actualité d’Ibsen il y est sans doute parvenu, quitte à parfois aller au delà de l’œuvre. Par quelques tirades bien placées, par des intrigues sous-jacente ou des personnages secondaires à qui il laisse le temps d’exister, Simon Stone fait entrer dans la maison un homosexuel et les années Sida, la crise économique et le désastre humanitaire de l’accueil des migrants. La maison de verre comme métaphore d’une Europe vitrine mais fermée au monde extérieur se prête à tous les discours. La forme du huis clos est propre à parler d’une forme d’aliénation du monde contemporain mais dans cette architecture tournante qui ne veut rien occulter c’est dans un grincement quelque peu inquiétant.

Jeu de déconstruction

Le maître norvégien excellait dans les portraits psychologiques au point d’en faire le principal moteur de ses pièces. Les acteurs incarnent ici toute la complexité de personnages qui se déchirent à se fréquenter les uns, les autres. La remarquable distribution qui se partage une vingtaine de rôle rend les sauts dans le temps crédible et permet véritablement à la pièce de se déployer au fur et à mesure que la cellule familiale éclate. La maison elle-même ne tient pas le choc du spectacle. Par une habile astuce de scénographe, la maison se détruit, se reconstruit et devient plus qu’un décor ou un dispositif déjà vu un personnage dont on suit les évolutions et la fin d’une façon dans un souffle cathartique.

Festival d’Avignon
Ibsen Huis
D’après Henrik Ibsen
Texte et mise en scène : Simon Stone
Dramaturgie et traduction : Peter van Kraaij
Musique : Stefan Gregory
Scénographie : Lizzie Clachan
Lumière : James Farncombe
Costumes : An D’Huys
Assistanat à la mise en scène : Nina de la Parra
Avec Claire Bender, Janni Goslinga, Aus Greidanus jr., Maarten Heijmans, Eva Heijnen, Hans Kesting, Bart Klever, Maria Kraakman, Celia Nufaar, David Roos, Bart Slegers
Crédit photos : Christophe Raynaud de Lage

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