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Gran Consiglio, parcours du Duce

Gran Consiglio, Mussolini aux petits oignonsFracturé par les guerres et les totalitarismes, l’histoire du XXème siècle a ses sombres héros Hitler, Staline et Mussolini. De ce dernier, quoique ses crimes n’en était pas moins grands, nous savons moins de choses. Avec beaucoup d’adresse, Tom Corradini entreprend dans Gran Consiglio de retracer le parcours et la chute du Duce.

Gran Consiglio : un spectacle historique

Seul en scène, Tom Corradini ne livre pas seulement une performance d’acteur dans Gran Consiglio mais aussi un spectacle très documenté. Pas loin d’un an de recherche dans les livres et sur le plateau pour trouver la juste mesure, sans inventer une fiction, sans donner un cours. Il peut être appréciable d’avoir des notions d’histoire de l’Italie et de la seconde guerre mondiale pour contextualiser les événements dont il est question, mais le portrait se suffit à lui-même. C’est un homme qui se rêvait grand chef d’Etat et qui a fini par être maître d’une république fantoche. Les anecdotes sont nombreuses, elles permettent d’aborder autrement un personnage historique. Le spectacle commence avec un renversement de situation, en 1943, le Grand Conseil du Fascisme remet en cause le pouvoir de Mussolini et le fait emprisonner. Dans ce moment de crise, retranché dans son bureau, l’homme se révèle de sa naissance au pressentiment de sa mort au travers de ses propres écrits, articles et correspondance.

Entre grotesque et pathétique

Sans plus de succès qu’Adolf Hitler qui se rêvait peintre, Benito Mussolini a un temps aspiré à une carrière de violoniste. Rien ne s’est jamais passé comme prévu. Se voyant déjà César, et volant de victoire en victoire, le Duce n’a couru que de déroute en déroute. Le fascisme n’est pas une chose légère mais le portrait de cette homme en échec nous invite à regarder de plus près le rapport entre la société et les individus qu’elles laissent en marge. L’interprétation de Tom Corradini nous fait osciller entre grotesque et pathétique. Quel regard poser sur le modèle puis la marionnette d’Hitler ? Dindon de la farce, Mussolini a quelque chose de terrible et de ridicule. En équilibre instable, ce portrait n’est pas une charge ou une éloge mais plutôt un rappel, une menace à tout moment on peut passer du rire aux larmes.

Les grands moyens

Le fascisme consacre le culte de la personnalité. Maître de la mise en scène, Mussolini qui s’était accaparé les emblèmes de la République romaine se voit ici réduit à un ensemble d’objets symboliques. C’est un spectacle qui peut se jouer partout, dans des conditions minimum, mais dans lesquels les accessoires sont très importants. Le portrait de la “mamma”, la correspondance avec Churchill, le bonnet, le revolver… Avec ce peu de moyens, l’acteur développe un jeu extraordinaire empruntant aux techniques du clown et aux ressort de la comédie pour dresser le portrait tout en nuance d’un homme vulnérable et effrayant. Les considérations de Mussolini sur la société, ses observations sur la psychologie des foules ont quelque chose de glaçant, d’actuel. Remettre le fascisme en perspective est un travail constant, mais il fallait bien la verve de Tom Corradini pour regarder la bête en face et en rire, comme le seul moyen pour la désarmer.

 

Festival Off d’Avignon

Gran Consiglio (Mussolini)
Écrit et interprété par Tom Corradini

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