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Finetuning de Dusan Hégli, du folklore au symbole

Finetuning de Dusan HégliChorégraphié et composé dans la finesse et l’exigence d’un papier à musique, Finetuning de Dusan Hégli revisite la danse traditionnelle pour questionner les violences et exclusions se perpétuant en Europe Centrale « au nom des traditions ». Retour sur un sans-faute à couper le souffle.

En quoi ce spectacle peut-il être culturellement transversal ?

Dusan Hégli : J’ai cherché des collaborateurs artistiques pour construire un système de symboles qui soit aussi clair en France qu’en Europe centrale. La musique et la danse fonctionnent toujours ensemble. C’est un accord parfait, infini, qui change tout le temps. La danse, c’est le mouvement, et c’est aussi l’immobilité. Ce sont les deux piliers. Pour la musique, c’est pareil, c’est le son, et le silence. C’est le jeu entre ces éléments qui donne la force, l’énergie de ce spectacle. J’ai envie de garder cette ambiance et ce folklore de danses et musiques de l’Est. Quand on tape sur le corps ou au sol, dans les danses traditionnelles, c’est un symbole. On y a associé des pensées, par exemple, la femme battue. J’ai créé le spectacle comme ça, à travers des symboles.

Le spectacle oscille entre tradition et modernité…

Dusan Hégli : C’est toujours un débat, entre tradition et modernité. En Europe Centrale, les traditions sont souvent citées pour justifier certains comportements. Par exemple, certains hommes politiques disent que battre les femmes, cela fait partie de la tradition, et que nous n’avons pas à le changer. Avec ce mélange entre traditionnel et contemporain, nous voulons montrer que ce n’est pas suffisant, de citer les traditions et le folklore, ça ne justifie pas la violence. Dans ces régions du monde, la violence se déroule à l’intérieur du cercle familial, dans 90% des cas. On n’en parle pas parce que c’est gênant, ou parce qu’on a peur. Il y a de nombreuses raisons pour ne pas en parler. Et si on ne parle pas d’une chose, elle n’existe pas.

Finetuning de Dusan Hégli

Quelle forme d’engagement cela implique-t-il de votre part ?

Dusan Hégli : Ce n’est pas un spectacle dédié aux femmes, car les identités sexuelles sont toujours présentes, dans la danse. Cela va au-delà de la question de genre. Il y a une semaine, la Slovaquie a refusé de signer le traité d’Istanbul, destiné à traiter et prévenir les violences faites aux femmes. Avant la Slovaquie, la Russie avait refusé de signer. On respecte donc la violence intégrée dans la tradition, et on la conserve. Je suis quelqu’un qui respecte la tradition, mais je ne supporte plus que quelqu’un avec une cravate explique la violence à travers une tradition. Je suis en rage à cause de ça. J’ai envie de parler de ça, par le biais de l’art.

Quel serait votre prochaine création ?

Dusan Hégli : Un nouveau problème d’Europe Centrale : la relation entre l’art et la politique. Comment la politique ose gérer, censurer l’art en soi ? Que l’on parle de littérature, d’art contemporain, de théâtre, la question reste entière : comment la politique pénètre dans ce milieu sans être invitée ? Après le communisme, l’Europe Centrale connaît une nouvelle crise. Par exemple, actuellement, il est peut être problématique d’être nu sur scène. Une « liste noire »circule avec l’interdiction de certains spectacles. Parfois, on ne connaît même pas la raison, on ne sait même pas pourquoi un spectacle ne peut pas vivre. La censure est plus forte, et les gens commencent à obéir à cela. En Hongrie, les directeurs des théâtres sont congédiés pour être remplacés par des proches du pouvoir. Si on ne fait pas partie de l’équipe de la patrie, on ne reçoit ni subvention, ni invitation à aller jouer ailleurs. L’idée, c’est de contraindre les théâtres à choisir des spectacles qui aillent dans le sens du pouvoir. Est-ce que ça existe, en France, que les frontières ne soient pas claires entre l’art et la politique ? Dans ma prochaine création, je travaillerai sur Beckett. Sur le texte « Catastrophe », dédié à l’écrivain tchèque Vaclav Havel.

Festival Off d’Avignon
Traduction de l’entretien: Béa Gerzsenyi
Chorégraphie et mise en scène : Dusan Hégli
Assistant artistique : Zsofi Varsanyi, Gabor Galik
Musique : Gergely Koncz – violin | Mate Hegedűs – violin, acoustic guitar | Endre Papp – viola, kontra, gardon | Andras Bognar – double bass | Balazs Domonkos – double bass, cello
Danse : Akos Botlo, Gergely Botlo | Erik Brusznyai | Mate Domjan | Gabor Galik | Klaudia Galik | Maria Horvath | Anita Kovacs | Veronika Sebő | Agnes Varsanyi | Zsofi Varsanyi
Création lumière et scénographie : Dusan Hegli
Slam : Kristof Horvath “Szinesz Bob”
Costumes : Edit Szűcs
Tous les jours, à 20h20 à l’Espace Alya

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