Théâtrorama

Bestie di scena d’Emma Dante

Bestie di scenaBestie di scella – Il suffit de presque rien à Emma Dante pour proposer un spectacle : un propos, des acteurs, une scène, de la lumière. Déjà tout à vrai dire. Cette économie de moyen marque son théâtre alors que Bestie di scena, spectacle sans parole rapproche de plus en plus sa démarche de celle d’une chorégraphe.

Bestie di scena, sans parole

Avant même que le public ne soit tout à fait installé, les comédiens sont pris dans une vaste course. Ils font le tour de la scène comme un premier échauffement avant d’abandonner basket et jogging. Le spectacle commence, très physique, par une mise à nu. En privilégiant un jeu instinctif, des mouvements animaux la quinzaine d’acteurs se libère des conventions du langage et de la société. Rien ne semble écrit ; les interactions sont plus simples. On teste ses réflexes, on se rattrape comme on rattrape la balle, on compose avec les éléments imposés, on explore les possibilités du plateau. Il y a quelque chose de la visite au zoo, l’arrêt devant l’île des signes, et maintenant que vont-il faire ? Cette fascination devant l’animal, devant le jeu est peut-être la même nous suggère Emma Dante.

Deus ex machina

Peu à peu le spectateur se rend compte qu’il assiste à une répétition générale. Une direction se dessine lentement alors que les sketchs humoristiques et poétiques se succèdent. Chaque nouvel élément apporté par la régie est intégré au spectacle, expérimenté dans une première scène, puis conservé en vue de la magistrale scène finale. La régie dompte les acteurs leur fournissant les accessoires avec lesquels ils doivent jouer. Tout semble régie par une puissance invisible, pas de bras, mais des seaux, des serviettes, des balais que l’on jette quand on en a besoin. On pense au cirque, à Monsieur Loyal, au fauve qu’on ne laisse pas sortir avant la fin des applaudissements. Pas d’entrée et de sortie une fois en piste.

Au delà du simple spectacle

Les lumières dessinent une piste où tout semble possible. Emma Dante a emprunté ses codes à la danse contemporaine, la tension entre individu et collectif, la liberté de mouvement, l’expérimentation des limites. Avec beaucoup de légèreté, la chorégraphe-metteure en scène nous amène à rire de nous, de notre condition humaine. On est touché par la musique, les quelques pas esquissés et émouvante chanson qui rythme mais quelque chose de plus grave effleure aussi la conscience. La question du conditionnement, du domptage, du rapport entre l’homme et l’animal sont servis par ce grand spectacle qui ne donne pas de réponse mais sème subtilement et adroitement le doute. A quoi venons-nous d’assister ?

 

Festival d’Avignon
Bestie di scena
Mise en scène, conception, scénographie : Emma Dante
Lumière : Cristian Zucaro
Avec Elena Borgogni, Sandro Maria Campagna, Viola Carinci, Italia Carroccio, Davide Celona, Sabino Civilleri, Alessandra Fazzino, Roberto Galbo, Carmine Maringola, Ivano Picciallo, Leonarda Saffi, Daniele Savarino, Stéphanie Taillandier, Emilia Verginelli
Et : Gabriele Gugliara, Daniela Macaluso
Crédit photos : Christophe Raynaud de Lage

Tournée :
Paris du 06-02-2018 au 25-02-2018 – Théâtre du Rond-Point
Marseille du 18-01-2018 au 19-01-2018 – Théâtre Joliette-Minoterie

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