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Festival OFF d’Avignon – Le Sacrifice du cheval

Festival OFF d’Avignon - Le Sacrifice du chevalLe Sacrifice du cheval – Quand l’humanité se noie dans un verre d’eau. Le dernier volet de la trilogie de Michaël Cohen s’irrigue à la source des tragédies grecques. Une intrigue à remous qui submerge les protagonistes dans une lame de fond puissante.

Situation de crise écologique. L’eau vient à manquer. L’or bleu n’est plus potable au robinet. La soif irrite les esprits. Une sécheresse de ton commence à sévir au sein d’une fratrie vivant sous le même toit. Les pics déferlent dans ce huis clos familial qui se fissure peu à peu. Jean joue le pivot du clan qui pourvoit aux besoins matériels. Le mur porteur de l’édifice n’hésite pas à le faire remarquer en bon tyran du quotidien. Les autres frères et sœur, Louis, Marc et Paule, s’inclinent en pions falots qui évoluent dans ce système hiérarchique. Quant à la compagne de Jean, Clara, elle tente tant bien que mal d’échapper à l’influence du chef. Le fragile équilibre de cette équation est mis à mal par l’arrivée d’une inconnue (troublante Fannie Outeiro en baby doll insondable) qui chamboule tous les repères et retourne une à une les pièces du jeu.

H20 + X = K.O

Festival OFF d’Avignon - Le Sacrifice du chevalK.O… ou plutôt chaos pris dans sa dimension mythologique… La plupart des sociétés anciennes sacrifiaient un animal ou un humain, pour chasser les maux dont elles souffraient et calmer la colère des Dieux. La sécheresse devient un fléau qui affecte la cité, comme Thèbes contaminée par la peste dans Œdipe roi de Sophocle. Le sacrifice est nécessaire et annoncé en ouverture. La tragédie peut commencer et l’hybris s’exprimer. La théorie du bouc émissaire de René Girard trouve une modernité nouvelle.

Assoiffés de désirs inassouvis, exacerbés par le personnage de Lucie qui les plonge dans une hypnose, voire une transe transitoire, les personnages évoluent dans un espace qui ruisselle. La fluidité du texte de Michaël Cohen s’accorde en harmonie avec la pureté de la partition de Michel Deneuve. Présent sur le plateau en passeur de sons, il accompagne les scènes et les décors en projections de ses notes cristallines. Le texte s’épanche en léger filet ou en franc torrent qui ravage tout dans la mise en scène limpide de Tristan Petitgirard. À la scène surréaliste où Jean, impétueux Frédéric Andrau, reproche à Clara, impeccable Marine Montaut, de respirer bruyamment, répond ce flot de discours de la rupture. Un flot qui monte dans un crescendo du ressentiment et propulse le couple vers la fin. Liaisons dangereuses où Jean, amant buvant les paroles de sa moitié, ravive d’un « oui » masochiste cette déclaration d’exaspération amoureuse se terminant en chapitre par un « Encore ? » de persécution. Les comédiens se régalent dans une démesure qui frôle la folie jusqu’à l’irréparable. Surprenante Barbara Tissier dans le rôle de Paule, contrastant avec Benjamin Boyer en Pierrot lunaire dans le rôle de Marc ou Jérémy Bardeau, plus en retenu dans son interprétation de Louis. La tempête avant le retour au calme d’une société qui a retrouvé une sérénité normée qui coule de source.

 

Le Sacrifice du cheval
De Michaël Cohen
Metteur en scène : Tristan Petitgirard
Avec Frédéric Andrau, Jérémy Bardeau, Benjamin Boyer, Marine Montaut, Fannie Outeiro, Barbara Tissier, Michel Deneuve
Durée : 1h25

Crédit photo: Label compagnie

Festival OFF d’Avignon – Au théâtre du Chien qui fume à 12h35

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