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Festival d’Avignon – Rumeur et petits jours

Rumeur et petits jours - Raoul CollectifRumeur et petits jours – Derrida n’aurait pas renié ces champions de la déconstruction qui bousculent les codes établis pour révolutionner l’espace de jeu et ouvrir une nouvelle ère de réflexion sociétale.

Après le succès de leur premier opus, Le Signal du promeneur, le Raoul Collectif était attendu au tournant. Et, tout en poursuivant sur la voie de leur méthode atypique, ces cinq acteurs/metteurs en scène ont pris une déviation jusqu’au Mexique pour continuer la construction de leur itinéraire théâtrale. Si Le Signal du promeneur était axé sur des individus extraits du groupe, Rumeur et petits jours s’intéressent au collectif qui s’inscrit dans une mouvance d’intellectuels imposant leur vision à leur public.

Rumeur et petits jours - Raoul CollectifVous vous souvenez certainement des émissions des années 70… Ambiance libertaire sur un plateau d’intellos, au look improbable, cigarette au bec pour mieux penser, dans un débat houleux finissant systématiquement en chahut des grands soirs pour faire le show. Le décor est posé. Et le public devient les auditeurs d’une émission radio diffusée en direct. Un programme où la poésie est mise à l’honneur comme une parenthèse irréelle dans une société en pleine évolution et dirigée par la logique du profit. Ces dinosaures de l’utopie du mot disséqué sont en voie de disparition. Nous assistons à la 347eme émission, qui sera la dernière, sur ordre des dirigeants intransigeants. Mais les dinosaures font de la résistance. Ce n’est plus seulement le verbe qui est analysé, mais la société entière qui est décortiquée, entre revendications politisées et volonté de déstructurer un système qui met l’homme à mal.

Rumeur et petits jours – Esprit de groupe

Rumeur et petits jours - Raoul CollectifDes courants en isme du 19eme siècle au Think tank, les mouvements créés par une poignée d’individus formatent la pensée de milliers de moutons. Le Raoul Collectif s’est appuyé sur trois groupes pour mixer leur pièce. Tout d’abord, « La Société du Mont-Pèlerin », créée en Suisse, en 1947, et qui réunit des économistes et intellectuels prônant un ultralibéralisme de réaction face à l’économie keynésienne. Les situationnistes de Guy Debord et Raoul Vaneigem des années 60/70, luttant par les idées contre « la société du spectacle », ont également été une source d’inspiration. Après leur précédente pièce, le collectif avait entrepris un voyage au Mexique. Ils se souviendront de leur expérience de vie partagée qui les mènera jusqu’à une tribu précolombienne chamanique, les Huichol, menacée de disparition dans une société mondialisée qui écartèle sans remords ce qui n’est pas rentable.

Ces trois références, plongées dans un maelström bouillonnant de créativité collective, servent de base solide à la construction de la dramaturgie. La pièce commence dans un ordre apparent, avec un mélange de surréalisme sculpté sur fond de réalité de la société qui montre les limites de sa logique. Une fantaisie, organisée par petites notes, fait progresser l’action vers un crescendo délirant. Cette énergie libératrice contamine la salle et donne envie de les rejoindre sur scène dans leur folie généralisée.

Rumeur et petits jours
Texte et mise en scène : Romain David, Jérôme De Falloise, David Murgia, Benoît Piret, Jean-Baptiste Szézot
Conception Raoul Collectif
Costumes Natacha Belova
Lumière Philippe Orivel
Son Julien Courroye
Assistanat à la mise en scène Yaël Steinmann

Crédit photo :Christophe Raynaud de Lage

Durée: 1h20 

Festival d’Avignon – Au Cloître des Carmes à 22h jusqu’au 23 juillet

Jusqu’au 25 novembre au Théâtre de la Bastille à 21h

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