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Festival Off d’Avignon – Le Secret de la petite chambre

Le Secret de la petite chambre au théâtre du Girasole Le Secret de la petite chambre – En préambule, cet avertissement du chorégraphe Marc Thiriet : les trois danseuses qui s’apprêtent à entrer sur scène « ne savent pas où elles sont, ni où elles vont ». Elles seront dévêtues, seules, entourées par la nuit des origines. Leur tissu métaphorique sera fait d’interstices d’ombre et de faible lumière ; leurs mouvements répondront aux tintements doux des cordes du nyckelharpa, instrument médiéval. Elles apparaîtront l’une après l’autre, dans toute la pudeur de leur nudité et la légèreté de leurs gestes, veilleuses de grâce, gardiennes d’un « secret ».

Ce sont des filets de corps qui se modèlent et se remodèlent dans Le Secret de la petite chambre ; ils s’ouvrent comme une paupière se levant sur le monde. L’une après l’autre, trois danseuses le parcourent de leurs membres de plumes, voiles superposés sur un autre voile immense qu’elles ne voient ni ne situent pourtant pas. Aussi nues que remplies de silence, elles paraissent à peine naître. Elles caressent les recoins invisibles de leur décor en enfants qui s’éveillent à peine, en mères peut-être, en elles-mêmes sûrement. Sur leur poitrine, elles pourraient en réalité porter tous les âges d’une vie de femme, et toutes ses attitudes. Ombre et lumière comme secondes peaux, elles se muent dans un espace de tranquillité ou d’inquiétude.

Toutes pourraient ressembler aux corps de dunes étendues photographiés par Lucien Clergue. Elles pourraient aussi émerger d’un négatif, surfaces laiteuses sur fond noir, bustes, jambes et bras peints, voire sculptés. À fleur de sol, ou perchées sur de hauts talons, ces corps-chrysalides s’exposent pourtant pleinement, et prennent tout le temps de cette exposition, avant de replonger en eux-mêmes. Ils deviennent alors des corps-frontières, corps à découvert se découvrant entièrement, réfléchissant et se réfléchissant. Leur nudité implique et appelle une prise de conscience : repliée, la mise en mouvement se détache de toute sensation du temps qui passe et d’appartenance à l’espace. S’exposant, ces femmes nues s’explorent. Le chemin qu’elles effectuent est une écoute intime et l’appréhension de leur propre univers.

Le Secret de la petite chambre – Voir et dévoiler

Le Secret de la petite chambre au théâtre du Girasole En trois soli, un tracé unique se dessine et dessine Lucie Blain, Sylvie Cieren et Cathy Testa qui est également la chorégraphe, avec Marc Thiriet, de ce tryptique, Le Secret de la petite chambre. Nudités à l’œuvre, nudités faites œuvre, nouvelles Ève, naïades, sirènes ou déesses génératrices, elles impriment patiemment et parfois violemment leurs gestes sur le fil du monde, l’arpentant, s’y accrochant sans cesse. Leur corps devient alors un nœud qui se déplie en libérant ses infinis craquements – superposant son bruit interne à l’écho, bien plus vaste, du monde autour d’elles qui paraît ne plus avoir de définition.

Dans cette résonnance inédite, l’on comprend alors que leur univers n’est pas celui du silence. Les danseuses font entendre tous les rouages et le mécanisme d’un monde intérieur. Sur un socle que l’on dirait verrou, la troisième femme tourne sans fin, clé en propre, image recueillie sur les parois imaginaires de sa caverne. Elle protège soigneusement, presque amoureusement, son territoire personnel. Elle conserve ainsi tous les secrets qui l’ont conduite ici et ce qu’elle cache en son lieu de femme : son ventre, sa chair, ses seins, son sexe, la « petite chambre » sur laquelle elle a posé un voile fictif et symbolique.

Gardiennes de leur propre seuil, dans Le Secret de la petite chambre, elles semblent prises au matin de leur tout premier jour. Vulnérables, mais provoquant par cette fragilité apparente un magnétisme puissant, elles prennent le risque de l’entre-deux. Car leur figure est double, depuis leur corps strié par les jeux d’ombre et de lumière jusqu’à leur identité. Entre vérité et mystère, exposition et introspection, quiétude et étrangeté, retenue et effroi, elles dansent en pleine présence, puis s’effacent, puis se saisissent à nouveau, à la fois objets et sujets de leur exploration.

Le Secret de la petite chambre
Inspiré par La Petite Pièce hexagonale de Yoko Ogawa et l’œuvre de Francis Bacon
Chorégraphie : Cathy Testa et Marc Thiriet
Danseuses : Lucie Blain, Sylvie Cieren, Cathy Testa
Création lumière : Sanglar
Création musicale : Guillaume Feyler
Régie son lumière : Damien Gandolfo
Crédit photo : Collectif Zone Libre
Durée : 1h

Festival Off d’Avignon – Au théâtre du Girasole à 13h45

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