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Festival Off d’Avignon – Le Révizor

Le Révizor mis en scène par Paula GiustiLe Révizor – 7 Octobre 1835 : Gogol demande par lettre à Pouchkine « un sujet, au moins une anecdote, drôle ou pas, mais purement russe« . 6 Décembre 1835 : Gogol annonce l’achèvement d’une comédie : Le Révizor. En la mettant en scène, Paula Giusti, metteure en scène argentine aux talents multiples, en fait une mécanique terrible qui ne laisse aucun rouage hors du mouvement et emporte tout un chacun cul par-dessus tête.

« Je vous ai convoqués, messieurs afin de vous communiquer une nouvelle des plus désagréables : il nous arrive un inspecteur (…) de Petersbourg et incognito. Et qui plus est, avec des instructions secrètes… »
Cette seule nouvelle met le branle-bas dans cette petite ville provinciale du fin fonds de la Russie où règne l’incurie et le désordre. Juge, gouverneur, bourgmestre, directeur des postes, marchands et domestiques se mettent à avoir peur. Et quand on a peur on se laisse facilement embrouillé par le diable ! En prenant Ossip, un pauvre type désargenté, pour l’inspecteur en question, tout le village met en place une imposture dans laquelle il sera bien le seul à tirer son épingle du jeu.

Le Révizor – Un inspecteur incognito

Le Révizor mis en scène par Paula Giusti« Le nez, disait Proust, est l’organe où s’étale le plus aisément la bêtise ». Traitant le « pif » comme un petit masque, Paula Giusti en fait le moyen de transfiguration des acteurs. Jouant sur le tic, le geste ou la particularité de l’élocution, elle fait de chaque personnage un archétype qui révèle toute la palette des passions et des bassesses humaines.La partition musicale riche, composée et jouée par le musicien brésilien Carlos Bernardo – qui a collaboré avec Jean-Jacques Lemêtre dans  » Tambours sur la digue » mis en scène par Ariane Mnouchkine – donne sa coloration et son rythme effréné à la multiplicité des personnages qui, d’une séquence à l’autre, s’enferrent de plus en plus dans le mensonge et la méprise. Ponctuant l’action ou soulignant le drame sous-jacent, elle peut jouer aussi le contrepoint ironique et suggérer, de façon indépendante, un autre point de vue. Au centre de cette machiavélique machination, tirant les ficelles de ces marionnettes désarticulées, Ossip, d’abord éberlué et inquiet de ce qui lui arrive (Dominique Cattani, magnifique acteur et manipulateur de marionnettes) devient, à la fois le profiteur, puis « non la figure centrale, mais la figure-clé » de toute cette duperie.

En choisissant de faire incarner le personnage de Khlestakhov, le faux inspecteur, par une marionnette, tantôt manipulée par Ossip, tantôt de façon chorale par les autres personnages, Paula Giusti renforce le quiproquo initial, insufflant à sa mise en scène une dimension poétique et une certaine distance. Le jeu avec cette marionnette à taille humaine rend compte d’une grande virtuosité des comédiens – notamment dans un tango endiablé à trois – et finit par renforcer l’imbroglio. Soulignant la folie du jeu des acteurs, le plateau se transforme à vue. Des portes mobiles réduites à leur seul encadrement et quelques accessoires assoient un temps le jeu, mais en se déplaçant, jouent encore sur l’incertitude de la situation ou le manque de stabilité de l’espace scénique. Pas de héros dans cette pièce, uniquement des gens du commun dépassés par les événements. Paula Giusti et sa bande de joyeux hurluberlus, en démontant les mécanismes de la peur et du mensonge, mettent à jour ces promesses où chacun se prend à rêver et à faire tout son possible pour rendre tangibles « [ces] possibilités de pouvoir » De toute cette histoire, il ne reste rien si ce n’est le souvenir d’un bourgmestre qui s’est fait rouler offrant l’opportunité à un scribouillard de raconter cette histoire. « Comment c’est arrivé? C’est le diable qui nous a ensorcelés ! ».

Le Révizor
De Nicolas Gogol
Texte français : André Markowicz
Adaptation & Mise en scène : Paula Giusti
Musique et son : Carlos Bernardo Carneiro Da Cunha
Lumière : Fabrice Bihet
Marionnettes et conseil à la manipulation : Pascale Blaison
Avec Dominique Cattani, Florent Chapellire, Larissa Cholomova, Mathieu Coblentz, Sonia Enquin, André Mubarack, Laure Pagès, Florian Westerhoff
Crédit photo: Dominique Vallès

Durée : 1 h 38

 

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