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Le gorille Avignon
© Adrien Lecouturier

Le Gorille – Festival Avignon OFF

Le Gorille – Si le mot « performance » se galvaude à force d’utilisation outrancière, il s’applique pourtant ici pour décrire le travail de Brontis Jodorowsky dans cette adaptation de Kafka. La force du texte prend sur scène une dimension expressionniste.

Il fait irruption dans la salle et, tel un candidat à la présidentielle ou à la députation, va serrer quelques paluches. « Ça c’est un homme », serait-on tenté de penser devant ce geste aussi politiquement correct qu’humainement chaleureux… La démarche semble, quant à elle, relever de la catatonie. Elle est juste simiesque. Notre énergumène se trouve dans une phase transitoire, mi-homme mi-gorille. Nous sommes son public, venu assister à une conférence au cours de laquelle il va nous expliquer qui il est vraiment, comment il est passé de la jungle à la ville et surtout pourquoi il a quitté sa peau de singe pour adopter un comportement humain.

Il y a bien sûr dans ce propos quelque chose qui relève de la métamorphose. Donc de kafkaïen. On a bien raison de penser imperceptiblement au plus célèbre écrit du nouvelliste tchèque, tout le récit s’appuyant sur une transformation. Sauf qu’elle s’effectue ici dans l’autre sens. Ce qui ne change pas grand-chose du fond du problème, la condition d’homme demeurant ici encore la principale préoccupation de l’auteur. On aura d’ailleurs remarqué à ce titre la discrète mais efficace allusion à la bureaucratie dont Kafka fut un pourfendeur à la manière de Gogol (par l’absurde, donc), mais surtout la puissante diatribe à l’endroit de ce drôle d’animal qu’on appelle « homme ».

Le Gorille : d’une cage à l’autre

Le Gorille -AvignonL’homme descend du singe, dit-on. Il est descendu bien bas, semble nous susurrer Kafka. Obligation en effet pour ce brave gorille, afin d’être plus rapidement assimilé, de se bourrer la gueule (« la clé de mon destin : la gnôle »), de se taper le foot, la téloche, de supporter la confrontation avec des individus plus sauvages que lui et pour finir de rencontrer l’amour, le mariage, le divorce, le pouvoir, le respect, la respectabilité… Tous ces apanages humains en vertu desquels, comme le chantait Jacques Brel « Ils sont civilisés, les singes ». Mais le cahier des charges est lourd, plus lourd peut-être que les chaines qui ont entravé sa liberté après sa capture… Ne serait-il pas passé d’une cage à l’autre ?

La composition de Brontis Jodorowsky est proprement renversante. Déchirant, bouleversant, il est l’âme de ce spectacle. Ses gestes les plus insignifiants prennent ici toute leur suggestivité pour s’inscrire dans ce processus de métamorphose. Les déplacements, quasiment chorégraphiés, vont créer cette illusion absolue, soulignée par des éclairages qui accentuent l’expressionnisme de la composition, laquelle vole très très haut. « Si le livre que nous lisons ne nous réveille pas d’un coup de poing sur le crâne, à quoi bon le lire ? » disait Kafka. On pourrait assurément affirmer la même chose d’un spectacle. Ce n’est rien de dire que celui-ci est un sacré coup de massue… Aussi dérangeant qu’indispensable.

Le Gorille
D’après « Compte rendu à une académie » de Franz Kafka
Adaptation et mise en scène : Alejandro Jodorowsky assisté de Nina Savary
Avec Brontis Jodorowsky
Durée: 1h10

Au théâtre des 3 Soleils à 15h40

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  1. Spectaculaire!

    Isa Beirer / Répondre
  2. Une excellente critique pour une pièce excellentissime. Il faut y aller !!

    Émilie / Répondre

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