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Festival OFF d’Avignon – La Dernière idole

La Dernière idole d’Hélène François et Émilie Vandenameele
La dernière idole © beair

La Dernière idole – La pièce écrite et mise en scène par Hélène François et Émilie Vandenameele, parle d’une vieille rock star qui a peur de mourir. De son acharnement à durer et à remplir le vide. Ici, l’homme n’a pas de nom. On l’appelle juste Le Chanteur, mais si vous pensez à Johnny Hallyday, la comparaison n’aura rien de fortuit.

Seul en scène, Pierre-François Garel – nommé aux Molière dans la catégorie meilleur second rôle pour sa prestation dans Qui a peur de Virginia Woolf mis en scène par Alain Françon – est cette dernière idole émouvante, décatie, pleine de mots creux pour parler de cette impuissance intime et personnelle à quitter les lumières.

L’idole, une condition trop visible

Avec en fond la pulsation sourde d’une musique rock, l’homme se tient assis, seul dans la pénombre à la table de ce qui a dû être un banquet d’une vingtaine de personnes. Verres et bouteilles de whisky vides, renversés sur la table, cendriers débordants de mégots, est-ce juste une accalmie dans la fête qui se déroule ou un lendemain de fête ?

L’homme parle, il tente par les mots de reculer le moment de la mort, d’arrêter la maladie, la déchéance physique, l’usure du corps…Tout se passe en arrière de la scène, loin des fans que l’on entend crier au loin. Tout est une question de contrôle : contrôle de l’image de soi, du timing des entrées et sorties de scène, du temps à consacrer à la famille…Mais que représente la vie banale, celle que l’on appelle la vraie vie lorsque tout passe par le filtre des fans, des media, que tout est mis en scène et devient spectacle ?

Ici pas d’analyse à la Debord, pas de réflexion, juste des mots pour parler du quotidien du spectacle, des balances du son et aussi du vide sidéral lorsqu’on ne se trouve pas dans la lumière des projecteurs. La force de la pièce vient de cette vacuité assumée de mots sans fioritures et qui finissent par créer une sorte de vertige à la limite de la réflexion métaphysique. Dommage que ce cheminement soit court-circuité par une symbolique un peu facile qui nous fait passer de la scène à la Cène, les disciples en moins.

Dans cette déréalisation de soi-même, à force de gratter, de casser puis de recoller les morceaux de vraie vie, de fuir la réalité banale, on s’aperçoit que le spectacle a pris toute la place. La célébrité fait exploser l’humanité. Le Chanteur est devenu pure extériorité, vanité et vacuité. Je est peut être un autre, mais ici il se résume à un masque vide qui grimace.

La Dernière idole
Texte & Mise en scène : Hélène François & Émilie Vandenameele
Création lumière : Étienne Exbrayat
Création sonore : Thomas Beau
Avec Pierre-François Garel
Crédit photo: Manon AD

Festival d’Avignon
Du 7 au 17 Juillet 2016 – Arthéphile à 22h40

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