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Festival OFF d’Avignon – Kennedy au Chêne Noir

Kennedy- Thierry Debroux - Festival Off d'AvignonKennedy – Le titre contient la tragédie. Fatum et politique. Thierry Debroux saisit JFK dans un moment d’intimité qui bascule dans un thriller psychologique et pose les pierres angulaires du destin tragique. Un angle qui tranche avec les clichés habituels et froisse l’image figée par l’Histoire.

JFK. Le nom interpelle la mémoire pour ressortir le souvenir d’un homme au sourire conquérant, plus jeune président des États-Unis, pour se fondre assez vite avec les images d’archive d’une mort filmée en direct. La pièce laisse présager une énième biographie. Il n’en est rien. Thierry Debroux fixe le point de départ de l’histoire au 19 mai 1962. Gala d’anniversaire pour Kennedy. Marilyn lui susurre scandaleusement son « Happy birthday Mister President » qui résonne en bombe érotique parmi les démocrates émoustillés.

Loin des paillettes, la scène s’ouvre dans une suite d’un hôtel où John, accompagné de son frère Bob, est parti se réfugier en attendant le Dr Feelgood. Derrière la façade clinquante d’un président jeune et dynamique, se cache surtout un être torturé de douleur. Enfant à la santé chancelante, l’homme souffre de la maladie d’Addison qui lui ronge le corps petit à petit. Shooté de médicaments pour faire bonne figure, le combat est permanent. Son état influence son comportement. Sa réputation de séducteur cache une appétence sexuelle qui calme ses turpitudes physiques.

La fonction officielle s’efface dans l’espace privé. John, écartelé par la douleur à la façon du tableau de Frida Kahlo La Colonne brisée, s’écroule librement. Le discours se fait moins policé, le verbe cru et la parole parfois vulgaire. Se dessine un Kennedy moins lisse que les interviews données sur papier classé où Jackie, la première dame modèle à l’élégance inégalable, complète la composition.

Kennedy, en toute intimité

Kennedy- Thierry Debroux - Festival Off d'AvignonL’envers du décor ouvre la porte sur les angoisses et les doutes, les magouilles du clan Kennedy, où Bob, impeccable Dominique Rongvaux, fait volontiers le ménage des affaires gênantes… La Mort vient rajouter son grain de sel avec le personnage finement interprété par Anouchka Vingtier. Kennedy a tellement de fois flirté avec elle, qu’elle n’est jamais très loin et lui apporte toute sa sympathie. Une dimension poétique qui insuffle à la pièce des notes de légèreté et de douceur qui contrastent avec une esthétique froide de huis clos politique, savamment orchestré par le metteur en scène Ladislas Chollat. Les écrans présents sur le plateau permettent de projeter le passé et le futur d’une famille qui affronte sa « malédiction ». Vecteurs émotionnels, ils viennent troubler la temporalité. Kennedy s’abandonne à cette confusion vaporeuse qui s’assimile à la prise de médicaments le plongeant dans un état second. Alain Leempoel donne corps à un Kennedy maître de son destin dans une résistance surhumaine. Il choisit la mort plus qu’il ne l’affronte dans une acceptation héroïque de sa destinée. De l’hybris au sacrifice, Kennedy s’inscrit dans les tragédies modernes en passe de devenir classiques.

Kennedy
De Thierry Debroux
Mise en scène : Ladislas Chollat
Avec Alain Leempoel, Dominique Rongvaux, Anouchka Vingtier
Scénographie : Emmanuelle Roy
Conception lumières : Alban Sauvé
Crédit photo : Aude Vanlathem
Durée : 1h30

Festival OFF d’Avignon – Au Théâtre du Chêne Noir à 15 h jusqu’au 30 juillet

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