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Festival d’Avignon – Het Land Nod

Het Land Nod Festival d'AvignonHet Land Nod – Le spectateur est invité à prendre place sur les gradins installés dans une pièce aux dimensions magistrales. C’est la reconstitution de la salle Rubens du Musée des Beaux-Arts d’Anvers. Tout y est. Des moulures de stuc aux lourdes portes de bois, du parquet au sol jusqu’aux dorures du palais. Elle est en travaux de réfection. Toutes les toiles du maître ont été décrochées, sauf une chef d’œuvre aux dimensions impressionnantes : une descente de croix. L’enjeu de la pièce sera de la faire sortir alors que la porte est trop petite pour ce faire.

FC Bergman, collectif anversois, rompu à l’exercice des scénographies à grande échelle, signe du théâtre sans mots. Des figures jaillissent d’ici et là. Un homme se déshabille et fume une cigarette, un autre en tenue de cocktail vient jeter des confettis, des touristes japonais viennent se faire photographier. Tout est drôle, enlevé, teinté d’un humour absurde si cher aux Belges. Comme par exemple, ce drôle de conservateur qui décide de mesurer la largeur du tableau par le haut, monte à une échelle, accroche sa manche aux cimaises et doit alors, suspendu dans le vide, se déshabiller et nouer ses vêtements pour descendre en rappel. Des corps en mouvements, dans une danse jubilatoire et sensuelle, énergique et maîtrisée. L’espace est occupé de fantômes et d’êtres, d’apparitions et de rencontres, dans un enchainement qui pourrait ne jamais s’arrêter tant il est jubilatoire au regard.

Het Land Nod – De l’art comme moyen de survie

Het Land Nod Festival d'AvignonMais la fameuse (trop) grande toile résiste, aucun moyen de la faire sortir, semble-t-il. Même en tentant d’en scier le cadre dans un élan de désespoir. C’est la porte alors qu’il faut faire exploser à grands coups de bâton de dynamites comme dans les cartoons. Et le décor s’effondre dans une explosion tonitruante et comique. La fumée envahit le plateau, les gravats jonchent la scène. Et c’est à ce moment précis que le spectacle prend toute sa dimension, grave et politique. Ce champ de ruines évoque bien sur Palmyre, ses monuments Het Land Nod Festival d'Avignonque l’on n’a pas su protéger de la destruction. On pense aussi aux Bouddhas de Bâmiyân, aux œuvres dérobées au Musée de Bagdad, à tous les lieux de culture visés par les terrorismes. Et dans une lumière de pénombre, presque de ténèbres, sur un Summertime déchirant, les artistes couvrent de couvertures le sol. De survie ou réconfortantes, elles se font linceuls ou abris de fortune, pour des corps dissimulés à la vue. C’est notre Europe, où l’idée que l’on en a, en ruines, qui est face à nous.

Sous des faux airs de film à la Jacques Tati, le collectif signe l’un des spectacles les plus politiques et poétiques de cette édition 2016 du Festival d’Avignon. Une œuvre qui nous interroge sur une question fondamentale : que ferions nous pour sauver une œuvre d’art ? Et nous force à repenser, au moment même de la représentation, et longtemps encore après la fin, sur notre rôle de spectateur, son importance et sa mission.

Het Land Nod
Mise en scène : FC Bergman
Conception FC Bergman : Stef Aerts, Joé Agemans, Bart Hollanders, Matteo Simoni, Thomas Verstraeten, Marie Vinck
Son FC Bergman, Diederik De Cock
Lumière FC Bergman, Ken Hioco
Avec FC Bergman : Stef Aerts, Joé Agemans, Bart Hollanders, Matteo Simoni, Thomas Verstraeten, Marie Vinck
Durée : 1h35
Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage

Festival d’Avignon – Parc des Expositions jusqu’au 23 juillet

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