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Pierre Notte se lance dans une histoire de fesses

ma folle otarie de Pierre NotteMa folle otarie de Pierre NotteFestival OFF d’Avignon – Cela n’a rien d’extraordinaire puisque tous les jours on est assis dessus, mais imaginez un jour à quels problèmes on peut se confronter si, tout à coup, nos fesses se mettaient à tripler de volume, comme ça, sans raison… C’est ainsi que l’on se retrouve avec des problèmes de slip, de chaise et de fauteuil, d’ascenseur et à force dans l’impossibilité de poser ses fesses quelque part !

Ma folle otarie, c’est avant tout l’histoire d’un homme sans folie. Un homme sans histoire d’aucune sorte. Il ne lui est rien arrivé jusque là. Ah si ! Un jour il a contacté sur Internet Esméralda, un amour du bout du monde avec qui il ne se passera rien. Ni début, ni fin, rien. La belle a explosé en vol dans l’avion qui devait leur permettre de se rencontrer pour la première fois.

Tout bascule dans la grisaille des jours pour ce petit employé d’agence de voyages qui s’occupe, comble de l’ironie, des longs courriers. Lui qui n’a pas dépassé les frontières de la France. Il ne lui est rien arrivé avant que la nature ne s’en mêle. Sa première histoire de fesses, il la vivra entre Paris et Dieppe, sur la Seine qui le conduira à la mer, sous la lumière des phares… « Sans comprendre, sans savoir, il fuira la ville, le monde, souligne Pierre Notte, et rencontrera une otarie au milieu de l’océan qui le sauvera peut-être de sa situation cocasse mais pas que« .

Une épopée en forme de monologue

Partant de cette fable cocasse et surréaliste, Pierre Notte écrit un petit bijou de poésie qui, d’une situation à l’autre, nous conduit dans une épopée en forme de monologue portée par Brice Hillairet, un acteur brillant et magnifique, qui, accroché à son mètre carré de plateau, nous fait voyager aux confins des étoiles. Le prologue nous a prévenus. L’aventure est collective et dans cette pièce le spectateur a payé sa place pour se laisser guider par l’imagination vers une version toute personnelle de l’histoire.

Le premier pari de cette pièce à la narration éclatée vient de la mise en scène. Laissant l’intégralité du plateau dans l’ombre, l’action se déroule dans un rond de lumière, sur un carré de un mètre de côté délimité par un simple marquage au sol. Mince et longiligne, sans accessoire, sans décor, avec pour seul appui, l’espace intime qu’il crée avec le public, Brice Hillairet porte toute l’action. Il finit par donner vie à cet humain au derrière de cachalot, avec « l’envie monstre de devenir quelqu’un et de vivre peut-être enfin quelque chose« . Le regard émerveillé, le geste en constante rupture d’équilibre, l’acteur parvient par son seul jeu, à nous faire croire à la transformation de ses fesses jusqu’à des proportions monstrueuses. Par ses yeux, nous pouvons voir la belle Esméralda qui l’attend de l’autre côté de la mer.

Subjugués, entraînés et guidés par le seul pouvoir des mots, nous voilà sur les pas des plus grands héros des épopées mythiques, avec Ulysse ou Jonas dans le ventre de la baleine. Loin de la grisaille du quotidien, cette histoire de métamorphose – qui fait penser parfois aux Métamorphoses d’Ovide – est aussi celle d’une reconstruction. Irrémédiablement attirés vers la haute mer, le voyage nous emporte dans une marge d’interprétation ouverte à l’infini.

Ma folle otarie
Texte & Mise en scène : Pierre Notte
Avec Brice Hillairet
Création lumière : Aron Olah

Durée : 1 h 10 environ

Jusqu’au 27 Juillet 2016 à 14 h au Théâtre des Halles

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