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Festival OFF d’Avignon – Depwofondis

Depwonfondis, Max Diakok au GolovineDepwofondis – Des piétinements dans le noir. Une course à l’aveugle. Et déjà bien plus qu’une danse. Trois hommes en cercle, en diagonale, la ligne toujours contrainte par une force extérieure. Le premier est en costume de travail ; le deuxième en tenue du dimanche ; le troisième en pantalon ethnique. Ils se frôlent à peine, s’ignorent ou ne se voient pas, mais ils maintiennent la folle cadence de leurs petits pas, jusqu’à la communion. Depwofondis : transport, marche ou vol, d’une aile matérielle à une aile spirituelle.

Ils sont trois sur scène, trois à être ensemble. Trois corps différents aux pulsions marquées par des courants similaires. Le regard tantôt absent, tantôt droit, comme si l’unique défi qu’ils se lançaient ne concernait que leur propre corps. L’espace qui les accueille, souligné de voilures blanches, n’indique aucune cloison. Assis, couchés, dans les airs, ces trois danseurs suivent ou provoquent eux-mêmes l’aiguille infernale du temps.

Ils s’accrochent par les poignets et les chevilles, trouvent des points d’ancrage en eux-mêmes, en l’autre, et sur un sol bientôt commun. Car la rythmique de l’un, tout d’abord solitaire, est une annonce, un appel lancé aux gestes de l’autre, qui lui répond dans une même secousse et sur une même ligne essentiellement concentrique. On les croirait presque en cage s’ils ne se mettaient pas à jouer avec les ombres pour se défaire de leurs grillages. « Oiseaux » du poète persan Farid Al-Din Attar auquel Max Diakok emprunte le sillon, les danseurs sont des marcheurs sur un ciel immense.

Acteurs et spectateurs du monde, imparfaits mais porteurs de sens et de vérité, ils se détachent bientôt de toute contrainte matérielle, se dénudent, déplient leurs ailes. Cordes et percussions se taisent alors au privilège d’une exploration sensible. Tout s’ordonne différemment : la course cesse, le mouvement se simplifie, la marche au monde se fait sur les mains, fixant son propre lieu, son réceptacle, sur le sol comme dans les airs.

Depwofondis – Prendre son geste aux origines

La course de Max Diakok, Roméo Bron Bi et Loïc Elice vaut aussi pour son immobilité. Dans l’attente, lorsque tout se fige, elle aperçoit et ressent ce qu’il faut voler au chaos et aux origines, et ce qu’il faut emprunter à l’autre, pour trouver et reformuler une expression personnelle. Pour s’affranchir. Le corps de l’autre devient alors un appui, un miroir, une balance à laquelle s’accorder. Il prend à quelques rites et rituels, à quelques vocabulaires étranges et étrangers. Il mêle les influences et les courants dans son geste et dans sa musique.

Le corps obéit à un mécanisme puissant qui se déploie depuis des racines interrogeant l’être, sa puissance, sa culture et son milieu, que Max Diakok puise dans le hip hop et dans le gwoka guadeloupéen – né de périodes esclavagistes. Les saccades initiales se meuvent en souffles et en désarticulations de gestes et de voix. Incantatoire, profondément libérateur, le mouvement finit par s’épuiser et par atteindre sa limite, rendu à son langage le plus simple et le plus direct. Devant les voiles, défiant les ombres, ce qui surgit finalement est un corps unique et débarrassé des jeux d’apparences et de l’intuition de frontières.

Le geste-ensemble de ces trois danseurs sera alors fait d’air. Passé par les limbes de la société, par l’oppression de gouffres extérieurs, il atteint une harmonie intérieure qui se transmet et se transpose au collectif. Pur, latent, patient, le flux puise dans une nouvelle forme d’énergie vitale. Il est lui-même mis à nu pour permettre à un corps commun de s’exprimer. Suspendue, la balance suggère désormais un dialogue, un partage, entre terre et ciel, entre mémoire ancestrale et les traces qu’elle a laissées dans sa traduction, puissante, contemporaine.

Depwofondis
Chorégraphie : Max Diakok
Compagnie Boukousou
Danseurs : Max Diakok, Roméo Bron Bi, Loïc Elice dit « Hoody »
Création lumières : Jean-Pierre Nepost
Scénographie : Malanda Loumouamou
Costumes : Claire Risterucci
Création musicale : Rico Toto
Collaboration artistique : Lucile Perain
Crédit photo : Annie Sorel
Au Théâtre Golovine du 7 au 27 juillet à 10h45 (jours impairs)
Durée : 45 minutes

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