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Festival OFF d’Avignon – Braise et Cendres

Braise et cendres mis en scène par Jacques NichetBraise et Cendres – La braise du prénom – les cendres du nom. L’incandescence d’une marche faite prose, ligne, chemin. Et ces destinations qui ressemblent à chaque fois à des accès vers de nouvelles sources. Jacques Nichet est parti à la rencontre de la lumière palpitante de Blaise Cendrars, cet « inconnu qu’il croyait pourtant connaître ». Il le retrouve, à travers la voix de Charlie Nelson, debout sur des sillons de papiers souillés. Vieux, rêvant à nouveau ses rêves d’enfant. Vagabond lunaire et solitaire, rempli de tous ses voyages.

La lumière est confiée à l’évanescence d’une allumette, puis à la fragilité d’une bougie. Un homme caché par une trop longue veste grise, un va-nu-pieds, le souffle légèrement fatigué mais la diction aussi droite qu’une traversée d’un continent à un autre, se confie sur son drame. Ses innombrables papiers ont été souillés, et sa mémoire piétinée. Une malle à double fond contenant tous ses manuscrits a disparu. Lui, il est resté dans cette malle qui contenait ses mots. Sa scène est une grotte de laquelle jaillit désormais sa littérature, pas si différente que son errance : toujours imaginaire, toujours bien réelle.

Blaise Cendrars sur une scène. Avec sa soif d’encre d’imprimerie jamais étanchée. Derrière lui et sous ses pieds, une toile tendue, immense, dessine la paroi utérine de sa mère qui lui a appris à lire, puis l’arbre entier de sa famille, et le réseau infini de ses souvenirs. Il parcourt la toile d’un bout à l’autre, mû par les « feux intermittents de sa conscience ». Puis les branches déploient d’autres chemins, horizontaux cette fois : ils deviennent des allées de terre, des rails tracés sur une carte. Le poète a quitté père et mère, s’en est éloigné de 16 000 lieues. Il est parti pour un but éternellement inaccessible. Seul lui a toujours importé le chemin. Russie, New York, Italie, Paris – partout où des déserts de sable lui semblaient des sols de feu, partout où il allait pouvoir écrire et marcher sans cesse, « un sang chaud » lui obstruant parfois les yeux.

Braise et Cendres – Sur un fil or et cendre

Braise et Cendres mis en scène par Jacques NichetDans les yeux de Charlie Nelson luisent bientôt les délires d’un voyageur atrophié et malade, contraint à l’immobilité. La toile sous ses pas paralysés se fait alors artère, muscle, cœur flamboyant. Le poète est enfermé dans une petite chambre nue. S’ouvre un nouveau voyage, différent du premier : il patiente, il hallucine, il tourne sur lui-même. Sa parole et son geste, entre braise et cendres, appellent l’amour et se font incantation. Si c’est un cœur qui bat, il pourrait tout autant battre au rythme d’un « paradis terrestre », clame Blaise Cendrars. Au souhait de disparaître, le poète de 30 ans répond à l’enfant de 10 ans, puis à l’adolescent de 16 ans qu’il était et qu’il retrouve en lui : toute déambulation physique et psychologique conduit à la révélation du bonheur de l’existence.

Ce sont quelques extraits d’une œuvre qui demande à se lire sans images ni métaphores, écrits sur des pages comme sur une plage qui jamais ne demande à s’atteindre. Ce sont les extraits d’une nuit intérieure, durant laquelle chaque épisode fantasmé revient comme un retour de flamme, avant d’en appeler une autre. Ils s’écoutent, ils se voient, dans des surgissements qui convoquent çà et là Haydn, Billie Holiday, puis Nougaro.

Côté braise, un tableau sublime s’étale dans le dos de Charlie Nelson, faisant des élans de Braise Cendrars des épiphanies. Côté cendres, la Lune devient un nénuphar filant dans le calme de la Seine, perdue dans ses notes bleues et vertes, presque impressionnistes. Le poète de peu de passé n’a que l’avenir à faire défiler sur sa route, cet avenir qui a toujours été sa source, comme le rappelle Jacques Nichet. Il n’a connu que des départs et nulle arrivée, marchant, divagant, respirant sans cesse, écrivant pour être lu et pour qu’on le retrouve, un jour, sur son chemin.

Braise et Cendres. Quelques pages arrachées à la vie de Blaise Cendrars
Adaptation et mise en scène : Jacques Nichet
D’après les œuvres autobiographiques et poèmes de Blaise Cendrars (Gallimard)
Avec Charlie Nelson
Scénographie : Philippe Marioge
Peinture : Jean-Paul Dewynter
Son : Aline Loustalot
Lumière : Jean-Pascal Pracht
Costume : Nathalie Trouve
Crédit photo : Vincent Lacotte
Au théâtre du Petit Louvre du 7 au 30 juillet à 14h10 (relâche les mardis)

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