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Festival OFF d’Avignon – Boys don’t cry

Boys don’t cry de Sylvain HucBoys don’t cry – Sur scène deux danseurs se font face et s’amusent à (dé)jouer les codes de la masculinité. Qui sera le plus fort ? Le plus rapide ? Le plus efficace ? Qui aura les plus gros testicules ? Qui sautera le plus haut ? Qui criera le plus fort ? Autant de questions, apparemment ridicules mais finalement pas si anodines, pour les deux mâles sur le plateau. Ce qui se jour ici dans la force, c’est la démonstration de celle-ci et son assise. Il s’agit d’asseoir sa position de mâle alpha, comme dans une meute.

Au fin fond de l’orgueil viriliste et de ses replis identitaires, dont on connaît la dangerosité, le chorégraphe puise son inspiration. Sylvain Huc signe une partition chorégraphique de haute volée, d’une immense physicalité mais qui n’enlève rien à une poésie brute. Alternant entre voltige et danse au sol, les deux danseurs puisent leur force dans un combat de coqs dont ils moquent les enjeux. Le vocabulaire chorégraphique, nourri aussi bien de danses urbaines qu’une tradition plus spectaculaire de la danse contemporaine, décline un éventail de possibles des masculinités.

La musique quant à elle, mixée et jouée à la batterie en direct par l’excellent Xavier Corat, se fait air guerrier appelant chacun des interprètes à dépasser ses limites. La partition sonore, jouée très forte, joue de la sensibilité des spectateurs, les entrainant dans un état second, prêt lui même à en découdre pour garder son territoire et sa domination. Elle oscille entre sons électroniques et percussions sur caisse claire, par sa force, menée à la limite du supportable pour les spectateurs, elle les englobe dans un espace temps partagé.

Boys don’t cry – De la question de ce qu’est un homme

Boys don’t cry de Sylvain HucDe bout en bout, le second degré est présent. Tout comme la poésie. Tout se fait danse, tout est musique comme lorsque les danseurs réfugiés en coulisses lancent des dizaines de baguettes de percussion sur scène. Il en pleut jusqu’à recouvrir entièrement le plateau. Il leur faudra alors, soit les éviter, en sautant d’espace libre en espace libre, au son militaire de la batterie, à l’instar d’un mikado géant, soit glissé dessus, jouant de l’équilibre précaire, au risque de la chute, et de perdre la face. C’est là que la danse atteint son paroxysme entre perfection de réalisation et humour, entre savoir-faire et jeux.

Sylvain Huc cite les clichés et les stéréotypes pour mieux les dépasser, les portant à leur paroxysme. Jouant de l’étendu d’un cri, d’un râle, ou de la force d’un saut, d’un coup donné, d’une bagarre amorcée. Il en joue si bien qu’il arrive à démontrer que c’est la tendresse de l’étreinte de ces deux là qui en fait des Hommes, des « vrais », au delà des genres, des sexes et des différences. S’ouvre à nous alors, spectateurs malmenés, la possibilité de voir autrement le jeu complexe de nos identités.

Boys don’t cry
De Sylvain Huc
Interprètes : Pierre-Michaël Faure, Sylvain Huc, Xavier Corat

Festival OFF d’Avignon aux Hivernales –Centre de Développement Chorégraphique

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