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 Les Ailes du désir mis en scène par Gérard Vantaggioli

Festival OFF d'Avignon - Les Ailes du désirLes Ailes du désir – C’est une histoire universelle de transport et de franchissement. Du mur de Berlin aux remparts d’Avignon, de la pellicule d’un film à une scène de théâtre, d’une part d’ange à une réalité d’humain, et de toutes ces voix qui résonnent aux oreilles de ceux qui savent les entendre, et les écouter. C’est à chaque fois une histoire de passage et d’enceintes. Les époques et les lieux diffèrent, mais les ailes sont les mêmes à effleurer l’amour et le désir, à suivre le conte de Marion la funambule et de Damiel l’ange, imaginé par Wim Wenders en 1987 et ici recréé par Gérard Vantaggioli.

Comme dans le film, il y a ces deux anges qui observent les humains et qui s’attachent à leurs pensées. Comme dans le film, il y a ces voix qui superposent leurs échos, ces flux ininterrompus de drames intimes et de réflexions du quotidien. Quelques fenêtres s’ouvrent sur des nuages, des architectures gothiques, des rayons de bibliothèques et, bientôt, des sourires d’hommes, de femmes, d’enfants. Tout n’est que diffraction et miroir sensible tendu entre l’invisible et l’authentique. Au premier instant, les anges Damiel et Cassiel apparaissent puis disparaissent au-dessus du rideau fermé du monde et de la scène ; on les croirait réels, maintenus loin de toute illusion théâtrale. Marion, robe rouge pendue à une corde qui tourne en rond, semble quant à elle condamnée à incarner plutôt qu’à vivre.

Ce pourrait être une valse entre les coulisses et la scène, ce seront des paroles sans musique. L’enfant aux bras ballants de Peter Handke, lui qui voulait que le « ruisseau soit rivière », « la rivière fleuve » et « la flaque une mer », marche et traverse la pièce comme il marchait et traversait le film. Il porte en lui et sur ses épaules son éternel refrain d’âme. Il souffle sur l’esprit de Marion et de Damiel, et sur les ailes brûlées qu’ils ont en commun. Marion, maintenue sur le fil de la représentation, rêve de réel, et Damiel rêve de la réalité de Marion, de sa présence. L’éveil de l’enfant passera donc par la mort de l’ange et sa naissance au monde. La mort de l’ange passera par un nouveau récit à raconter, l’abandon de l’éternité pour sentir le poids de l’existence : il s’agira, pour Damiel, de devenir chair pour faire l’expérience de la chair du monde.

Les Ailes du désir – Mémoires des hommes, mémoire du théâtre

Festival OFF d'Avignon - Les Ailes du désirIl y a cette équilibriste qui tourne sans fin, et cette danse qui lui échappe toujours. Il lui faut tout effacer, reprendre à zéro et « rebâtir » pour « changer la marche du monde », comme le veut l’ange qui l’observe et qu’elle entend sans le voir. Il faut revenir au début, à la source, à cette lettre de l’enfant, repenser à cette parole qui s’éteint à peine pour mieux s’éveiller à nouveau. Sur la scène de Gérard Vantaggioli, les anges se tiennent au balcon comme sur le toit du monde, surplombant le rideau du théâtre. Ils remplacent, par leurs visages luminescents, les rails de lumière de scène. Ils parlent de mort, de génocides, de suicides passés et récents ; ils parlent de voyages qui n’ont pas de fin. Conteurs sempiternels, ils recueillent les mémoires des êtres qu’ils consignent sur leurs pages, se glissant en chacune d’entre elles.

C’est une vie d’aube faite d’attentes que Damiel veut quitter ; c’est une vie de cercles et de répétitions que Marion veut fuir elle aussi. Mais pour toute séparation, l’unique réponse que la femme et l’ange entrevoient est une libération. Pour le premier : mourir à l’ange qu’il est et renaître à l’amour qu’il ressent ; pour la seconde : rompre le fil d’un tableau de chimère pour emprunter un nouveau chemin. Autour d’eux, l’ange Cassiel restera le tenant de la poésie, et un metteur en scène refusera que le monde s’arrête de jouer, pieds et mains noués dans sa féérie de passion.

Aucun adieu au théâtre, pourtant : Les Ailes du désir caressent le monde comme la scène, et l’image comme la littérature et l’art. Ces ailes planent quelque part entre Berlin et Avignon, entre un mur et des remparts, tout entières encloses dans une douce voix d’enfant et dans les souffles des humains, puis des comédiens. Lorsqu’ils répètent, ils ne font en fait que redire sans cesse leur amour et leur désir de vivre, s’exprimant et incarnant tout à la fois. Et ils empruntent à l’enfant la puissance de son éveil et de son émerveillement.

Les Ailes du désir de Wim Wenders, Peter Handke, Richard Reitinger
Adaptation et mise en scène : Gérard Vantaggioli
Avec Stéphane Lanier, Sacha Petronijevic, Nicolas Geny, Philippe Risler
Musique : Eric Breton
Lumière : Franck Michallet
Régie vidéo : Jérémy Meysen
Crédit Photo : Philippe Hanula
Au Théâtre du Chien qui fume du 6 au 30 juillet à 17h45 (relâches les 12, 19, 26 juillet)

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