Théâtrorama

Le cercle, c’est la forme parfaite. Celle dans laquelle vivent tranquillement une mère et sa fille. Mais c’est aussi une figure géométrique qui délimite l’espace et marque une frontière, comme une arène dans laquelle une famille va se déchirer lorsque le père va y pénétrer après une longue absence.

Dés son entrée, flotte un parfum de suspicion. Ce père, on ne saura jamais ce qu’il a fait ni d’où il vient. Il évoque juste une île sur laquelle il aurait échoué. Il fascine d’emblée par son apparence et ses vêtements, barbe hirsute et long manteau, en contraste avec l’intérieur sobre orné de quelques meubles à la ligne épurée.

A la méfiance va succéder l’affrontement verbal et charnel. L’unité familiale est sérieusement malmenée. Le père est le point convergent vers lequel tous les regards se tournent, car il est le catalyseur de ce conflit où ce qui est caché, non dit, va tenter d’être extirpé à coups de corps à corps brutaux.

« Elle n’a plus l’habitude d’être corrigée physiquement »
La mère habillée d’une robe rouge, symbole du sang et de l’énergie vitale, semble éprise de mysticisme et affirme être aveugle. La fille quitte un moment le cercle, se sentant exclue par des parents qui évoquent en riant une forme de maltraitance passée envers leur enfant. « Que se passe t-il ?» lance le père pour essayer de comprendre. L’absence de réponse claire convoque alors la puissance de l’imaginaire dans cette tragédie familiale, qui hantera longtemps les mémoires. Quant arrive le professeur plutôt rassurant dans sa volonté de suivre la norme, il introduit une distance, voire de l’humour dans cette atmosphère frénétique où tous les codes moraux semblent avoir disparu.

La direction d’acteurs exceptionnelle du grand Jorge Lavelli tire vers l’anti-naturalisme et donc vers une force émotionnelle impressionnante qui aboutit à une véritable mise à nu des sentiments. Les comédiens retrouvent l’essence du jeu au théâtre, notamment par une diction parfaite qui rend justice à l’étonnant texte de Stig Larsson. Refoulement d’un drame familial, où les parents seraient d’un égoïsme monstrueux et exerceraient un pouvoir absolu sur leur progéniture ? Les interprétations sont multiples. On peut y voir aussi un rêve chaotique façonné par chacun des protagonistes pour essayer de reconstruire, à partir de fragments de souvenirs, un semblant d’ordre social que la violence naturelle des rapports humains a depuis longtemps effacé du quotidien.

On ne l’attendait pas !
De Stig Larsson
Mise en scène de Jorge Lavelli (avec la collaboration de Dominique Poulange)
Avec Eléonore Arnaud, Jean-Christophe Legendre, Hélène Bressiant, Florian Choquart
Lumières : Jean Lapeyre et Jorge Lavelli
Costumes : Dominique Borg
Durée : 1H15
Crédit photo : Laurencine Lot

Vu dans le cadre du Festival Off d’Avignon au Théâtre Présence Pasteur

 

Vous pourriez aimer çà

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *



Théâtrorama

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir plus d'actualités et profitez de nos invitations

Votre abonnement est enregistré avec succès !

Pin It on Pinterest