Théâtrorama

Trois femmes. Trois mondes. Trois destins.

Elles ont besoin de parler ces femmes de l’ombre qui cherchent la lumière dans une Angleterre sans soleil. On accueille alors leurs soliloques drôles et tragiques avec bienveillance, et on comprend qu’elles n’ont pas vraiment conscience de leur condition d’animal en cage.

Ces moulins à paroles se nomment Leslie, Rosemary et Suzanne. Elles ont en commun d’être malmenées directement ou indirectement par un système patriarcal plus ou moins écrasant. Leslie, petite comédienne naïve qui clame être « professionnelle à mort » termine dans le lit d’un producteur anonyme. Rosemary, femme d’intérieur idéale, comprend, par l’intermédiaire de sa voisine, que son mari lui cache depuis des années, ses participations à des soirées de débauche. Suzanne, épouse d’un vicaire anglican ambitieux, est condamnée à servir la paroisse et se noie dans l’alcool.

Rosemary, jardinière improvisée, environnée par ses plantes et ses fleurs, se lie d’amitié avec sa voisine qui vient de tuer son époux sadomasochiste, et se met à l’admirer car, sans doute, elle la libère symboliquement des chaînes d’un mariage suffocant. Leslie, si confiante dans les milieux du cinéma, reste obstinément aveugle face aux mensonges qui la cernent de toute part. Au contraire, Suzanne, alcoolique, est consciente de sa servitude et quand elle se rend chez un épicier indien pour quelques bouteilles, elle saute sur l’occasion qui lui est offerte par celui-ci de découvrir le kamasutra.

En principe, on ne tue personne par ici
C’est bien entendu un véritable manifeste féministe qu’a écrit Alan Bennett. En faisant appel à l’humour le plus noir, marque de fabrique des meilleurs auteurs britanniques, il révèle l’hypocrisie et la fourberie enfouies sous la chape de plomb d’une société anglaise rigoriste. Roxane Turmel qui interprète magistralement les trois protagonistes avec une impressionnante maîtrise des nombreuses intonations et expressions corporelles, donne l’impression de voir sur scène trois comédiennes différentes. Pour ces changements de personnages le décorateur Steeve Petit, a imaginé un paravent qui renvoie à des ombres chinoises, composant une superbe allégorie sur ces êtres qui vivent comme des fantômes. Parler, raconter, dire l’indicible, c’est ce que veulent ces femmes, qui, avec humour, évoquent au fond le véritable drame de leur vie, celui de rester dans l’ombre de leur naissance à leur mort, sauf en ce bref moment où, sur scène, elles peuvent enfin exister dans la lumière.

Moulins à paroles
De Alan Bennet (adaptation de Jean-Marie Besset)
Mise en scène : Diane de la Croix
Avec Roxane Turmel
Lumières : Romain Fisson
Décor : Steeve Petit
Durée : 1H15

Vu au Théâtre Carnot dans le cadre du Festival Off d’Avignon

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