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Kiss Richard de Marc Citti au Festival d’Avignon

Kiss Richard de Marc CittiKiss Richard mis en scène par Magali Léris – Quand Shakespeare devient rock&roll au rythme d’une adaptation électrisante de Richard III… Le roi devient un peu fou sous la plume de Marc Citti qui réussit le pari d’incarner tous les rôles jusqu’à la frontière de la schizophrénie. Mais loin de s’arrêter à une simple performance de comédien, la pièce s’oriente vers une introspection sur le travail de création.

La répétition devient vite houleuse pour tourner à la tempête… Mathieu, comédien englué d’ego, se prend les pieds dans les remontrances de Nina, metteure en scène survoltée et dominatrice à qui il ne manque que la cravache. Le filage finit par s’emmêler jusqu’au nœud de rupture. Nina jette théâtralement l’éponge, laissant le comédien face à lui-même. En proie aux doutes, il ne lui reste plus qu’à convoquer l’invisible pour faire intervenir Richard III en personne qui reprend la main pour incarner son propre rôle.

Kiss Richard : Un pour tous, tous pour un

Kiss Richard de Marc CittiConfusion des genres, il faut quelques minutes aux spectateurs pour s’acclimater à la folie ambiante. Mais une fois ferré par la ligne conductrice, le public est suspendu au jeu de Marc Citti, qui se dédouble avec la facilité d’un acrobate jonglant avec les rôles. La sobriété presque ascétique de la scénographie et la mise en scène épurée de Magali Léris permet de se retrouver à la source de la création qui aiguise l’imagination de la salle.

Un grand rectangle délimité par une bande blanche définit l’espace des possibles où le comédien évolue dans une gestuelle millimétrée flirtant parfois avec la grâce d’un danseur qui n’a que son corps pour passer dans la peau d’un personnage à un autre, comme une métempsychose immédiate. Une chaise en trône libre d’accueillir Richard III, une paire de chaussures rouges, seule touche de féminité qui rappelle que la metteure en scène est bien une castratrice qui rêve de planter ses talons aiguilles dans la tête de Mathieu et qui ne se laissera pas marcher sur les pieds. Sortir de l’espace, soutenu par des changements de lumière qui aiguisent la perception, c’est rompre le rythme de la répétition pour s’ouvrir sur une autre dimension. Celle de la musique où Richard se mue en un Keath hypnotique au micro.

Un tempo crescendo qui s’accorde le temps du rire avec des personnages récurrents comme Francis, qui n’a qu’une réplique mais qui occupe volontiers le devant de la scène en jeune premier, jusqu’à la confrontation entre Richard III et Nina qui se transforme en catharsis. Le texte de Shakespeare se mêle jusqu’à la fusion avec celui de Marc Citti, qui distille ses réflexions sur le travail d’interprétation du comédien. Un seul en scène qui n’aura jamais été aussi pluriel…

Festival Off d’Avignon
Kiss Richard
De et avec Marc Citti, d’après « Richard III de Shakespeare
Mise en scène : Magali Léris
Traduction : Jean-Michel Déprats
Lumières : Bruno Rudtmann
Musique : Marc Citti et Alexandre Meyer

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