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Haine des Femmes de Mounya Boudiaf

Haine des Femmes de Mounya BoudiafFestival OFF d’Avignon : Haine des Femmes – Minuscule sur un plateau qui semble trop grand pour elle, elle apparaît dans un rond de lumière. Elle, c’est Mounya Boudiaf, comédienne rayonnante, avec sa voix au phrasé profond, ses yeux pétillants et son sourire tremblant.

Et sourire dans l’adversité, c’est difficile pour porter l’histoire de Rahmouna Salah, une femme de peu qui après avoir quitté Oran, sa ville natale, s’en va gagner sa vie vers la grande cité pétrolière de Hassi Messaoud, dans le Sahara algérien. Partant du quotidien de Rahmouna à Oran, avec ses déboires conjugaux, ses espoirs, la naissance de ses enfants et l’omniprésence de sa mère, Mounya Boudiaf nous conduit peu à peu vers celui de ces femmes de condition modeste qui viennent travailler à Hassi Messaoud, dans des compagnies étrangères avec une seule idée : faire vivre leur famille.

De la violence faite aux femmes

La nuit du 13 juillet 2001, cent d’entre elles sont sauvagement agressées par plusieurs centaines d’hommes, enflammés par le prêche de l’imam de la mosquée locale. Armés de barres de fer et de couteaux, ces hommes frappent, mutilent, violent une nuit entière…Surgissant d’entre les mortes, Rahmouna et son amie Fatiha seront les seules à témoigner de cette nuit d’horreur et à exiger que les coupables soient poursuivis…

Haine des Femmes – De ce témoignage recueilli dix ans plus tard par la comédienne Nadia Kaci et paru sous le titre de « Laissées pour mortes », Mounya Boudiaf conçoit un spectacle qui entrecroise le témoignage, les plaidoiries du procès et le récit de vie de ces femmes qui, loin de leur famille, découvre aussi la liberté et la solidarité. Dans une mise en scène sobre, la lumière passe du doré pour les récits du quotidien, pour devenir de plus en plus froide au moment de la nuit de lynchage. Mettant à distance l’émotion, le récit nous en est fait avec des précisions de cour d’assise et un lyrisme aux accents de tragédie grecque.

Le grand mérite de cette parole qui oscille entre subjectivité, témoignage et émotion est de convoquer un imaginaire où les femmes sont au centre des interrogations. Raconté à deux voix, celle d’une femme et d’un homme, les deux comédiens se partagent l’ensemble du texte de Haine des Femmes, gommant ainsi toute appartenance à un genre précis. L’idée est belle. Cependant, malgré certains moments de grâce et de grandes qualités de présence, Christophe Carassou peine à trouver sa place et c’est bien dommage. Fait divers, pratiquement négligé par les medias, le récit puis la pièce se font les relais d’une mémoire aujourd’hui occultée : celles des années de cendres en Algérie où l’intolérance s’attaquait aux écrivains, aux journalistes et aux artistes et plus globalement aux femmes qui refusaient de se soumettre. Ici et là, la question reste toujours d’actualité.

Haine des Femmes
D’ après « Laissées pour mortes » de Nadia Kaci (Ed.Milo)

Adaptation et mise en scène : Mounya Boudiaf
Création lumière et son : Hugues Espalieu
Avec : Mounya Boudiaf et Christophe Carassou
Crédit photo: Simon Gosselin

A l’espace Présence Pasteur, du 4 au 25 juillet – relâche les 7, 14, 21 juillet – à 21h35

 

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