Théâtrorama

Nous sommes formidables de Rémy Boiron

Nous sommes formidables de Rémy BoironNous sommes formidables – « Pourquoi attendre que l’orage passe ? Autant apprendre à danser sous la pluie ! » Il arrive une lampe torche à la main, fredonnant sur un autre air des refrains de chansons populaires, rêvant « d’un autre monde » et qu’on « lui parle d’amour ». Il prend le soin de saluer son assistance, serre la main aux hommes du premier rang, fait la bise aux dames des hauts gradins. La démarche peut surprendre ou amuser, mais il assume volontiers cette familiarité : c’est son « partage d’air » à lui. Et cet air-là, Rémy Boiron y tient autant qu’à celui d’une chanson d’enfance, car c’est lui qui nous rend tous « formidables ». Oui, tous, même celui au fond à gauche qui a hésité à lui rendre son « bonjour ».

Pour tous ceux qui ne le connaissent pas encore, Rémy Boiron prévient d’emblée : il appartient à une espèce rare, en voie d’extinction, une race de mortels non communs qui œuvrent au quotidien pour le partage d’air et le discours salvateur. Son salut, il le tire précisément du « bonjour » qu’il adresse à tout-va, quitte à passer pour un fou ou pour le plus étrange des animaux. Et pour l’amateur de grec ancien invétéré qu’il est, pas étonnant d’accorder sa pleine importance au zoon politikon que nous sommes.

Du scientifique pour les zygomatiques

Il ouvre ses sketchs comme des chapitres de livre. Ose l’autobiographie via sa propre autopsie – depuis son rectum « qui n’en a jamais plein le cul » jusqu’à son cœur « que jamais rien ne pompe » – puis se lance dans une biographie d’âge canonique : les mémoires de la terre, chapitre 15 du volume 13 milliards et des poussières. Micro, macro, proto, exo, rien ne l’arrête. En chimiste folichon, Rémy Boiron fait passer les plus obscurs des manuels de Science de la Vie et de la Terre comme des litres d’eau claire.

Avec l’érudition accessible prompte à tout nous faire avaler, remontant la chronologie des hommes, il enchaîne les sommes théoriques et les chiffres savants, les discours critiques et les pensées de raison. Il déroule et enroule ainsi la classification périodique des éléments, revient aux sources du savoir universel et interroge le savoir commun, réduit les grands hommes à leur état d’atomes agrégés et enjoint les plus petits à prendre soin de leur espace pas si bien protégé.

Son besoin d’air, Rémy Boiron avoue l’éprouver depuis la plus tendre enfance. Un accident aurait pu le paralyser, il lui a plutôt finalement décoincé les membres (il est devenu danseur) et dénoué la langue (il est devenu bavard). Depuis, il est « formidable » comme il respire, et fait profiter le public de son courant enjôleur. Sous prétexte que ceux qui ne manquent pas d’air sont ceux qui en auraient pourtant le plus grand besoin, Rémy Boiron propose de prendre le souffle et la température du monde, du Big Bang à aujourd’hui, cartes, tableaux et frises à l’appui. Il avance aujourd’hui le sourire vert aux lèvres et cette marotte empruntée en tête : « Pourquoi attendre que l’orage passe ? Autant apprendre à danser sous la pluie ! » Et apprendre pour demain à être formidables aujourd’hui.

Nous sommes formidables
Interprète : Rémy Boiron
Régisseur : Sébastien Le Borgne
Administratrice : Jeanne Soulard
Jusqu’au 26 juillet au Théâtre de l’étincelle, à 11h50

 

Vous pourriez aimer çà

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *



Théâtrorama

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir plus d'actualités et profitez de nos invitations

Votre abonnement est enregistré avec succès !

Pin It on Pinterest