Théâtrorama

L’Oubli des Anges de la compagnie Interface

L’Oubli des Anges de la compagnie InterfaceL’Oubli des Anges – Une émergence de formes, que l’on croirait flottantes, perce un noir intégral. Ces formes, des corps, reproduiraient presque les thèmes de fresques médiévales ou de grands formats italiens de galeries des XVIe et XVIIe siècles. La première parole accompagnant la scène est un Lamento : le chuchotement raconte quelque chose qui a déjà eu lieu. Comme Orphée ayant déjà perdu Eurydice. Le chant d’un homme dévoile le corps sans vie de sa bien-aimée. Elle se retournera alors une toute dernière fois, lui revenant en danse, oubliant pour un temps les anges, et la mort qu’ils annoncent.

Elle serait « morte sans même le savoir », celle qui veut à nouveau s’éveiller. Elle aurait disparu dans le brouillard d’une cage d’escaliers d’un immeuble quelconque, de plusieurs étages, ou se serait noyée dans le fleuve le plus proche. Son histoire est universelle. Elle épouse aujourd’hui le sable, ce peu de terre incandescente disposé en cercle à ses pieds et membres. Peut-être lui a-t-il fallu mourir « pour renaître papillon ou étoile » ; peut-être ressent-elle désormais mieux son poids, à présent que ses pieds ne touchent plus sol.

Dans le souvenir qu’elle recrée et les moments qu’elle revit depuis l’éther, elle presse son pas comme avant, cherche à fuir son ombre comme avant, repasse devant la maison de son enfance – celle qui est située dans une « rue-cabane » qui enferme encore aujourd’hui tous les hommes. Lorsqu’elle était vivante, elle suffoquait déjà et elle sentait son âme « vaciller contre les murs ». Elle criait déjà à s’en déchirer la chair. Maintenant que le cercle se brise, son corps doit s’ouvrir de même : la danseuse doit accepter la mort pour permettre un nouvel enfantement.

La jeune fille et la mort

L’Oubli des Anges se déroule lors d’une « dernière nuit de voile », une « nuit funambule » qui place la jeune fille et la mort dans une arène. Cette arène, laissant apparaître le dessin d’une lune sur le sol ou bien la rondeur du ventre d’une future mère, illustre son combat perdu pour la vie. Et elle est également le signe d’une alliance. Autour de la danseuse, plusieurs hommes et femmes, chanteurs, danseurs, entament le Lacrimosa d’un Requiem. Leurs voix et leurs pas retracent alors eux-mêmes le cercle, reformant les contours d’une autre vie.

L’Oubli des Anges est une mémoire qui se retrace. La danseuse doit retrouver son corps une dernière fois pour en libérer son âme. À côté du discours de l’ange ressurgissent des êtres et des événements passés, qui portent en eux des chemins à naître. « La mort peut aller vite, mais moi je respire encore », dit l’amant. « Plus jamais tu ne me regarderas face contre terre », répond l’ange. « Tu portes le monde et il te porte au bout de cette nuit », poursuit-il, prenant à son compte toutes les autres voix, celles qui ordonnent la possibilité d’un nouveau monde.

Et ce nouveau monde est à la fois pluriel, portant le souffle de la vie depuis la mort, et sans frontière : les voix des chanteurs, alternant les rythmes incantatoires et les tonalités plus aigues, comme les gestes de la danseuse, en balance incessante, se déploient d’un côté à l’autre d’un espace insondable, ésotérique ou onirique, ciel ou terre, dans une époque indéterminée. Il est à l’image de cet opéra-danse qui convoque de nombreuses disciplines artistiques, les plaçant elles aussi sur le cercle le plus vertueux : le cercle de vie.

L’Oubli des Anges
Opéra-danse contemporain présenté en sept langues : français, chinois mandarin, anglais, hindi, hébreu, arabe et coréen
Pièce pour six interprètes – comédiens / danseurs / chanteurs
Conception et mise en scène : André Pignat et Géraldine Lonfat de la compagnie Interface
Musique originale et lumière : André Pignat
Chorégraphie : Géraldine Lonfat
Régie : Jérôme Hugon
Crédit Photo : Maxime Lonfat
Jusqu’au 26 juillet au théâtre du Balcon, à 10h45

 

Vous pourriez aimer çà

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *



Théâtrorama

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir plus d'actualités et profitez de nos invitations

Votre abonnement est enregistré avec succès !

Pin It on Pinterest