Théâtrorama

Molière, c’est la « pop star » des plateaux, dixit la Cie géotrupe qui s’empare des Fourberies de Scapin pour lui redonner une surprenante vitalité et surtout l’inscrire dans une vraie proximité avec le public.

C’est un retour en force à la farce, mais c’est aussi plus que cela. Au début Scapin est assis sur un fauteuil, perdu dans la foule, invisible parmi les gens. Car Scapin c’est nous, tout simplement, avec nos désirs, nos craintes, notre courage, notre lâcheté. Christian Esnay qui l’interprète avec brio l’a bien compris. Il cherche à redonner à ce personnage toute sa dimension populaire et contestataire, longtemps mise au ban par beaucoup de metteurs en scène, qui considéraient le texte comme l’un des moins bons de son auteur.

Pourtant, il a tout pour séduire ce valet, en habile mécanicien de la ruse, fabriquant la trame de l’intrigue avec les outils du langage. Son génie de la manipulation en devient un art et l’auditoire en redemande. Il nous venge, nous spectateurs de la vie, des oppresseurs qui tourmentent notre quotidien, en les ridiculisant, notamment dans la célèbre scène où Géronte se fait rouer de coups par un Scapin qui passe simultanément, et pour notre plus grande joie, de l’état d’être servile à celui de spadassin. Car jamais le laquais n’est isolé, faisant le pantomime pour lui seul. Il transmet aux autres occupants du plateau et à ceux hors scène une force et une énergie sans pareille. Il est à la fois l’acteur, l’auteur et le metteur en scène.

Mais que diable allait-il faire…
Le plateau vide marque une volonté d’épuration du décor et une mise à nu des artifices scéniques en laissant à découvert la machinerie, symbolisant par là même, Scapin qui, effectivement ne nous cache aucune de ses retorses manœuvres. Car Christian Esnay (aussi metteur en scène) a l’idée géniale de jouer avec les éléments de décor. Ainsi, lors d’un grand moment à inscrire dans les annales de la scénographie, un pendrillon et une échelle servent à créer un soldat d’une taille colossale. Les acteurs, vêtus de costumes flamboyants, sont excellents, jouant en permanence la dichotomie critique : rigidité corporelle des pères contre gestuelle fluide des fils. Agrémentée de musiques aussi diverses que la Bande originale d’Out of Africa ou Daft Punk, cette adaptation moderne se suit avec un grand plaisir et on se dit que Molière lui-même aurait adoré s’installer près de la scène pour profiter pleinement de ces fourberies d’un nouveau genre.

Les Fourberies de Scapin
De Molière
Mise en scène : Christian Esnay (avec la collaboration de Jean Delabroy)
Avec Belaïd Boudellal, Pauline Dubreuil, Gérard Dumesnil, Rose Mary d’Orros, Georges Edmont, Christian Esnay, Jacques Merle
Lumières : Bruno Goubert
Costumes : Rose Mary d’Orros
Scénographie : François Mercier
Crédit photo : Jean Louis Fernandez
Durée : 1H40

Dans le cadre du Festival Off d’Avignon au Théâtre Pandora

 

Vous pourriez aimer çà

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *



Théâtrorama

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir plus d'actualités et profitez de nos invitations

Votre abonnement est enregistré avec succès !

Pin It on Pinterest