Théâtrorama

Excellente mise en scène, excellents acteurs, très bon texte, détonnant spectacle : en trois mots, La Visite de la vieille dame.

On en dira plus, mais retenez ceci : dans ce festival, les créations de cette trempe sont rares… Si vous souhaitez rencontrer l’énergie d’un théâtre en marche, d’un théâtre qui poursuit sa longue histoire et qui s’y inscrit. Si vous désirez voir comment une merveille d’intelligence peut ne jamais sacrifier à l’humour et à l’émotion. Si vous voulez prendre une bonne bouffée d’air, de talent et d’intelligence, allez voir La Visite de la vieille dame.

Ça commence avec cette drôlerie qui trouve quelques branchages dans le cortex. Ça se poursuit avec de l’inattendu. Ça continue, c’est poignant. Ça se finit, c’est troublant. Et toujours, c’est décapant. Voilà une description lapidaire de ce que peut être le retour d’une milliardaire éprise de vengeance (de justice ?), dans un village natal ruiné et à l’humanité élimée par tant de misère. Elle, s’appelle Claire Zahanassian et en est à son huitième mari, sans doute autant de milliards. Lui, c’est Alfred Ill, petit épicier du village, ancien amant de la dame. Au début, l’histoire prend des airs d’idylle malgré quelques crissements et un accueil en fanfare d’un village qui a les crocs. Mais très vite, les événements trouvent leur complexité : Monsieur Ill a laissé pourrir seule la dame enceinte jusqu’aux dents quelques décennies plus tôt et la dame compte bien s’acheter la justice afin de le faire crever la bouche ouverte. A partir de là, le gros personnage principal, devient le public… enfin je veux dire, le village… le village qui a la dalle. Certains sont tiraillés certes, et prennent sérieusement des poses d’humanistes. Mais…

Comment dépoussiérer sans faire table rase
Le texte de Dürrrenmatt, retouché juste ce qu’il faut par un metteur en scène qui a les deux pieds dans le XXIème siècle, éclate au grand jour. A peine quelques coupes faites et quelques ajouts apportés, et nous sommes plongés dans sa subtilité, la finesse de sa construction, l’intérêt de sa présence. Ce que cette pièce réussit brillamment, c’est nous placer en douceur, par l’humour, en situation de réflexion sociétale, politique et métaphysique. C’est nous qui sommes convoqués devant le tribunal, puis c’est à nous que l’on va couper la tête. Le texte n’a rien du vieillot des textes de cette époque: il n’a pas leurs longueurs, leurs lourds didactismes; on le croirait pondu aujourd’hui. Il nous saute à la gorge.

La mise en scène de Thomas Poulard est parfaite, dans ce sens où elle est ce qui adhère, s’adapte, s’emboîte exactement au texte donné. Il n’est même plus question d’inventivité, de finesse, d’audace tout en retenue. Elle est ce qu’il faut, un point c’est tout. Quant aux comédiens, Adeline Benarama, Sylvain Delcourt et Nicolas Giret Famin font du grand art. Ils allient maîtrise et talent, maturité et jeunesse. Derrière leur performance, on perçoit l’amour et la connaissance du théâtre. Le désir de le pratiquer en toute intelligence et la solide réflexion sur ce qu’il est, produit de plusieurs années. Ils nous emportent, jusqu’à la moelle. Nous souhaitons à la création de la Compagnie du Bonhomme, jubilatoire, décoiffante et sérieuse, la carrière qu’elle mérite: puisse-t-on voir le spectacle tourner dans les CDN et quelques Théâtres Nationaux. Trouvaille rare en Avignon, ce spectacle a toute sa place dans le réseau public.

La Visite de la vieille dame
De Friedrich Dürrrenmatt
Mise en scène: Thomas Poulard
Avec: Adeline Benarama, Sylvain Delcourt et Nicolas Giret Famin
Son, vidéo: Benjamin Furbacco
Lumières: Bruno Marsol, Pierre Langlois
Scénographie: Benjamain Lebreton
Costumes: Sigolène Petey

Jusqu’au 26 juillet au Théâtre du Petit Louvre, à 13h05

 

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