Théâtrorama

Un sosie d’Elvis devenu un légume, une quadra anorexique attirée par les jeunes hommes, une adolescente boulimique, un amant testeur de gâteaux, tous les ingrédients sont réunis dans ce ragoût particulièrement relevé, où la cuisson va s’intensifier jusqu’à l’explosion de la cocotte familiale.

C’est une farce cruelle mijotée par l’auteur Lee Hall, dans laquelle se mélangent plusieurs denrées pas vraiment compatibles. Au commencement, en Angleterre, une famille ordinaire de condition modeste qu’un dramatique évènement (le père paralysé par un accident de voiture) va faire sortir de la route balisée du conformisme.

Mam, la mère, ne veut pas s’arrêter de vivre (« baiser » dans son cas) et ramène à la maison un très jeune homme, Stuart, qui, au lieu de fuir, va choisir de rester, pour son plus grand malheur. Jill, la jeune fille de 14 ans, n’aime que deux choses : cuisiner et manger. Dad, le père, est confiné sur un fauteuil roulant, avec pour seules fonctions vitales, un sexe qui se dresse régulièrement. C’est la compensation, c’est-à-dire la quête d’une personne en recherche de gratification, qui est le moteur de cet excellent texte. Dans cet espace fermé (le décor ne laisse aucune place à une fenêtre) et symbolique (la cuisine, sphère typique du modèle de consommation des sociétés occidentales) les aliments sont préparés en l’absence du père, constituant nécessaire à la réussite du plat dans cet archétype de structure familiale.

Dans ce cas de figure, l’homme n’est plus là pour servir de boussole à sa femme et sa fille en perte de repères. Il est amusant que Lee Hall ait choisi de donner comme métier à Dad, celui de sosie d’Elvis, véritable mythe (17 % des américains le pensent vivant) et symbole d’un pays qui fonctionne sur l’illusion. Celui choisi par Lee Hall, c’est celui de la dernière période, emphatique, kitsch, débordant de graisse, en fin de parcours, comme une implacable métaphore de cette famille déréglée.

On the rock…
Dans ce qui pourrait être un drame social plombant, le metteur en scène Jérôme Tomray a su ménager des espaces de respiration et d’humour particulièrement savoureux. Bien aidé par d’excellents comédiens, le rire pointe souvent aux moments les plus crus, comme cette scène hilarante où Stuart, sans doute pris d’un excès christique croit bon de masturber Dad.

Le décor de la cuisine, sur un plateau assez petit, donne au spectateur un sentiment de voyeurisme. Nous avons vraiment l’impression d’observer, par le trou de la serrure, le lent pourrissement des relations entre nos voisins. Les apparitions d’Elvis (Jérôme Tomray) finissent d’apporter la touche onirique finale à cette recette fortement épicée et pimentée, et qui laisse dans la bouche, le goût amer de l’échec social.

La cuisine d’Elvis
Mise en scène de Jérôme Tomray
Avec Arthur Lang, Johanna Mondon, Fanny Martella, Jérôme Tomray
Décors : Patrick Miriel
Costumes : Coline Bruniaux
Lumières : Benjamin Dupuis
Crédit photo : Christine Coquilleau Naït Sidnas

Jusqu’au 26 juillet (relâche les 9, 16, 23 juillet) au Théâtre Pixel Avignon à 21h45

 

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