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King du ring de Rémi Checchetto 

King du ring – Mohamed Ali. The Greatest. Champion du coup de poing verbal. C’est la puissante force de frappe des opprimés qui, d’une droite en plein visage, fracasse les parois nasales et éclate les arcades sourcilières de l’Amérique, à travers un personnage emblématique au speech étourdissant. Mohamed Ali/Cassius Clay, un de ces grands mythes façonnés par les Etats-Unis, combat seul sur scène, un combat pour la vie, contre l’autre, le blanc, souvent. Mais est ce bien The Greatest qui déclame, qui soliloque ?

Car c’est une femme (Adeline Walter, comédienne et boxeuse, formidable) qui expulse du plus profond de son inconscient les mots de ce pamphlet dans une incroyable performance dont l’énergie pousse le spectateur dans les cordes jusqu’au KO technique. C’est elle qui presse entre ses gants l’Amérique pour en faire sortir le jus de vérité. Ce n’est pas la sueur de l’oncle Tom qui perle sur son front, mais bien celle de tous les laissés pour compte, ceux qui doivent vraiment se battre, sans relâche, dans un monde impitoyable, même lorsqu’ils sont arrivés au sommet.

King du ring – L’âme du papillon

Je m’exprime afin que cela s’imprime en vous ! Le texte de Rémi Checcheto remue, secoue et bouleverse comme rarement. S’inspirant d’épisodes marquants de la vie d’Ali (son refus d’aller au Vietnam, le vol de sa bicyclette qui le conduira vers la boxe…), l’auteur a construit une cathédrale du verbe dont la densité est telle qu’elle demande plusieurs visions du spectacle. La logorrhée de Mohamed s’empare autant du corps du spectateur que de celui de la boxeuse qui débite pendant plus d’une heure sans jamais perdre le rythme, à la fois concentrée, tendue, aérienne et dansante, comme un papillon.

La mise en scène d’Alexia Vidal, conceptrice du « théâtre mouvementé », que l’on pourrait résumer par la fusion absolue du mouvement et du texte, irrigue la comédienne d’une force qui n’oublie pas la grâce. Le choix d’une interprète blanche à la place d’un comédien noir pour porter la parole de tous les combattants est simplement magnifique. Un ring sobrement sculpté par des rais de lumière et quelques vidéos de Marie Jumelin, qui renforcent le propos sans jamais l’alourdir, achèvent de donner l’ultime uppercut de cette ode à la lutte pour la vie.

King du ring
De Rémi Checchetto
Mise en scène d’Alexia Vidal
Avec Adeline Walter
Lumière : Cyrille Coé
Vidéaste : Marie Jumelin

Du 4 au 26 juillet, relâche les 8, 15, 22 juillet (à 17h15) au théâtre Artéphile
Crédit photo : Estelle Monnier

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