Théâtrorama

Lautrec, la Goulue, Aristide Bruant, Valentin le désossé, la môme Fromage, Suzanne Valandon, et bien d’autres… Ils sont tous convoqués dans « Cabaret Lautrec », spectacle musical d’un dynamisme et d’une vigueur étourdissante.

Donner vie sur scène aux célèbres protagonistes des toiles de Toulouse-Lautrec, c’est le pari fou et réussi d’Isabelle Servol et Alain Joutard, de la Cie niçoise Théâtre de Lumière, qui parviennent, l’espace d’une petite heure à ressusciter l’univers populaire des chansonniers de la butte Montmartre avec une ferveur qui force le respect.

Des personnages figés comme des statues de cire dans un décor simple constitué de tables et de chaises. L’accordéon de Guy Giuliano vibre doucement avant de diffuser les premières notes. Les sculptures aux costumes flamboyants s’animent. Dans un instant, nous allons être transportés au cœur de la belle époque. Les joutes verbales et chantées vont alors s’enclencher comme par magie pour ne plus s’arrêter.

Arrive sur scène un Toulouse-Lautrec (Fabien Duprat, stupéfiant de mimétisme), qui achève de nous plonger définitivement dans le royaume euphorique du cabaret. Lui qui voyait Montmartre comme un décor, et sa foule comme les futurs habitants de ses tableaux, se retrouve entouré de tous ceux qu’il a contribué à immortaliser. De la joie, des rires, une gouaille toute parisienne que l’on croyait disparue, c’est un univers qui prend vie devant nos yeux éblouis grâce à des danses et des chants réglés au millimètre par une troupe sensationnelle dont le plaisir de partager est tout bonnement contagieux.

L’âme de Montmartre
Sans temps mort, avec une fluidité remarquable, les chorégraphies s’enchaînent dans un rythme endiablé qui n’oublie pas le théâtre. « Quand on vous aime comme ça » chantée par Yvette Guilbert, mêle le chant et le jeu entre un homme brutal et une femme enjouée. Les textes sarcastiques des morceaux de cette période, n’hésitaient pas à décrire la dure existence des laissés-pour-compte, pour qui les cabarets et les bars devenaient les refuges d’un bonheur impossible à trouver au quotidien.

Le réalisme s’invite brutalement aux réjouissances, lors d’un impressionnant passage où l’accordéon se fait plus dissonant et la lumière perd de son éclat. Lautrec voit ses amis tourner autour de lui, pendant qu’il vacille et chancelle. La fête ne peut effacer la présence de la syphilis, ou de cette maladie des os qui lui a façonné ce corps, qu’il traîne tant bien que mal au cœur de ceux regorgeants de vitalité de ces compagnons. Le tableau se croque d’une merveilleuse couche de mélancolie quand Loïe Fuller, pionnière de la danse moderne, accompagnée par Debussy, fait tournoyer ses voiles blancs dans un mouvement d’une grâce sublime.

Changement de décor pour le Moulin Rouge à l’ambiance volcanique ! La troupe nous fait cadeau d’une revue pétaradante, se terminant par un French cancan jubilatoire qui fait se lever la salle. Pendant une trop courte heure, le réalité s’est estompée et l’on s’est alors imaginé que nos vies, ponctuées de drames et de joies, auraient pu, elles aussi, se traduire en farandoles festives et refrains vivifiants. Chapeau les artistes !

Cabaret Lautrec
Mise en scène de Isabelle Servol
Comédiens-chanteurs : Fabien Duprat, Julien Faure, Elisabeth Piron, Isabelle Servol, Pascal Terrien
Danseurs : Sélène d’Andréa, Angélina Laine, Jérémy Lassouque
Accordéon : Guy Giuliano
Direction musicale : Alain Joutard
Crédit photo : Ludovic Desvarennes
Durée : 1h10

Jusqu’au 25 juillet au Théâtre Le Cabestan à 22h35

 

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