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Bref le grand NordBref… le Grand Nord – Il est des acteurs qui vous enveloppent la tête de leur présence et dont on ne peut se défaire que bien après le spectacle, une fois la fascination éloignée. Il y en a d’autres qui vous effraieraient encore la représentation terminée. Et puis il y en a dont la performance vous enthousiasme à l’excès, qui vous impressionnent sans vous paralyser et dont la sympathie, l’humour et l’intelligence vous a tant transportés qu’ils seraient bienvenus autour d’un dîner une fois le spectacle terminé. N’en déplaise à nos deux gaillards de Bref… le Grand Nord, ils font définitivement parti de cette dernière catégorie. Parce qu’ils sont un délice!

Maxime Touron et Julien Tanner forment le duo MaxiJu : un corps, deux tête avec un crâne, deux jambes ou quatre, c’est selon, vingt doigts, une chemise deux pantalons et un imaginaire qui vaut un bras. Voilà ces conteurs du troisième millénaire, qui pendant une heure prendront la main de notre imaginaire pour l’emmener voyager dans les plaines scandinaves et les steppes russes de notre bien aimée terre et de notre non moins adorée espèce.

Un grand plongeon

Bref… le Grand Nord commence par un convivial accueil, sourires, installez-vous on s’installe. Lumières à plein, une grande scène vide, deux chaises d’écoliers au centre du plateau. Nos deux hôtes vont s’asseoir dessus. En silence, ils entament un rituel des All Blacks version griot des temps modernes: lent glissement de tête jusqu’au croisement des regards, acquiescement simultané, retour au point de départ. Le roulement de tambour en vaut la chandelle : dès alors, le décor disparaît pour laisser place aux plaines enneigées, aux sapins à perte de vue, au chien-loup à gueule géante, aux vaches merdeuses, aux princesses capricieuses, à Thor au marteau incrusté de rubis, aux nains forgerons dans les profondeurs de la Terre, aux voûtes étoilées. Aux aurores boréales. Nous plongeons dans la mythologie scandinave et les contes populaires russes, leurs paysages et leurs personnages, comme nous plongerions dans la piscine qu’on rêve de voir briller dans les rues d’Avignon : la tête la première, nous nageons à pleines brassées, nous coulons sans vouloir remonter, nous sommes sous la surface et ne voulons pas en bouger: désaltérés, rafraîchis, nourris même; et heureux!

Outre le bonheur du moment que nous passons en leur présence, la qualité de leur jeu, la complicité de leur duo, outre la précision toujours souple de la mise en scène (seul bémol: la version triptyque, qui à un moment nous a paru un peu longue), le grand tour de force des créateurs, et ce pourquoi nous les remercions, est d’allier passé et modernité avec génie. Ils lient les autres millénaires au troisième, sans perdre rien des deux. Nous parlons souvent d’actualiser les vieux textes et nous débattons encore plus souvent des dangers de l’exercice. Ici l’entreprise est réussie, ô combien. Nous avons la texture épaisse des plus grands mythes, l’amour de leur matière poétique et nous avons la joie des pirouettes de l’esprit, les délices de l’improvisation que procure un instant. Max et Ju sont deux grands conteurs dans deux grands adolescents irrésistibles, à l’humour dévastateur, qui n’est pas sans rappeler les meilleurs films d’animation d’aujourd’hui.

Bref… le Grand Nord
De et avec Julien tanner et Maxime Touron, Cie Le scrupule du Gravier
1h10

Jusqu’au 26 juillet, relâche le 20 juillet, au Théâtre du Roi René à 10h30

 

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