Théâtrorama

Dinamo au Festival d’Avignon 2015

Festival d’Avignon In : DinamoDinamo – À travers des saynètes tantôt potaches tantôt dramatiques, Claudio Tolcachir, Melisa Hermida et Lautaro Perotti du théâtre-école Timbre 4 de Buenos Aires, mettent pour la première fois leur travail en commun.

Ce sont donc trois femmes. Les deux premières sont en apparence liées par quelque lien familial ; la troisième, au profil de saltimbanque, rampe d’un coin à l’autre de la caravane, presque invisible. Elle semble avoir laissé ses racines bien loin de ce no man’s land – c’est qu’elle appartient certainement à un autre.

Un mobil-home à l’arrêt, oublié sur un terrain vague où nulle âme ne semble oser s’aventurer. À l’extérieur de ce « genre de roulotte », une inquiétante étrangeté émane des cordes tirées d’un musicien. À l’intérieur, il y a ce que l’on voit – une première femme, ancienne chanteuse, tout aussi immobile et mutique que l’engin dans lequel elle est enfermée, puis son miroir inversé : une autre femme, ex-tenniswoman, grouillant autour de la caravane et cherchant à y pénétrer –, et ce que l’on ne voit pas encore – une dernière femme qui se cache, différente, sans identité, langue, ni costume déterminés.

Ada est chanteuse à demi-mot. Son passé se devine dans des chansons qu’elle marmonne en allemand et à travers un poster déchiré montrant son visage de moitié et la première partie du nom du duo qu’elle formait. Depuis la séparation, Ada attend Muriel, qui ne viendra jamais. Marisa est une ancienne sportive qui débarque en contraste, la langue bien pendue, trimballant sa vie et sa verve dans sa valise, et la maladresse dans ses bras et jambes. Elle a perdu ses parents suite à un accident (à moins que ce ne soit un suicide) plusieurs dizaines d’années auparavant. Depuis, elle se dit capable de voir les morts. Si elle semble être la plus active du groupe, elle sera bientôt elle aussi emplâtrée et contrainte à ne plus pouvoir (ou vouloir) quitter ce microcosme. La sortie de l’absurde viendra de la troisième femme, Harima, presque intouchable et imperceptible aux premiers instants, mais seul véritable fil reliant les deux autres, et les reliant toutes les trois à un ailleurs éventuel. Elle parle une langue que nul ne comprend, d’Europe de l’Est peut-être, fuyant tout d’abord, trouvant refuge dans les placards, sous la table, sur le toit de la caravane où elle passe son temps à étendre un linge de nourrisson. Et c’est dans des gestes universels, ceux de son corps, qu’elle sera finalement comprise de tous.

Dinamo : « Immobile-home »

Festival d’Avignon In : DinamoCe sont donc trois femmes dans leur ankylose, presque en pleine crise de nerfs. Elles ne sortiront pas de leur espace recréé, minimaliste et aussi absurde que leur situation. Toutes les trois empruntent vaguement aux personnages beckettien : Ada attendant, Marisa mutilée, Harima vagabonde. Toutes les trois remettent en question la langue : Ada bougonne, Marisa jacasse, Harima possède un langage en propre (inventé par les metteurs en scène eux-mêmes). Les seuls pas extérieurs qu’elles feront demeureront confinés à la seule lisière de leur « immobile-home », traçant ainsi peut-être un chemin de conscience.

Bien qu’enfermées toutes les trois dans ce même endroit, solitaires, elles ne se croiseront pourtant presque jamais. Tour à tour, chacune confinée dans son coin ou à son étage, elles ferment bouche, yeux, oreilles, et membres, figeant gestes et mouvements en stigmates passés, symboles d’anciens drames. Les plus fines cloisons entre une pièce et une autre tranchent en réalité des mondes entiers, comme des bouts de leur histoire. Finalement un peu comme ces trois femmes qu’ils réunissent aussi sur leur scène, dont on croirait parfois qu’elles s’unissent dans un même corps. Dans la distance et le silence, Ada en bas, Marisa à l’étage et Harima sur le toit, la figure unique qu’elle recompose n’est qu’une esquisse. Voies et voix se devinent par à-coups, à courant alternatif – dynamo.

Dinamo
De Claudio Tolcachir, Melisa Hermida et Lautaro Perotti
Espagnol surtitré français
Avec Marta Lubos, Daniela Pal et Paula Ransenberg
Musicien : Joaquín Segade
Scénographie : Gonzalo Cordoba Estévez
Lumière : Ricardo Sica
Crédit Photo : Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

Présenté à Avignon dans le cadre du Festival In, au gymnase du lycée Mistral du 16 au 23 juillet

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