Théâtrorama

Elle brasse l’air dans des gestes répétitifs et alternés, à la mesure simple d’un balancier qui ne prend compte d’aucun passage du temps. Chaque mouvement, d’ampleur et d’amplitude différentes, coordonne un rythme bientôt duel. La première danseuse est rejointe par un second danseur qui se place à distance suffisante d’elle, à souffle d’air. Il vient répéter les mêmes gestes qu’elle-même répète. La réflexion est parfaite.

S’ils se rejoignent dans des mouvements qui les maintiennent pour le moment au sol, ils se désolidarisent bientôt dans les sauts, dès lors qu’ils prennent un peu de hauteur. Leur nuque, elle, demeurera pliée. Peut-être ramassent-ils dans leur insistance une matière invisible ; peut-être en assemblent-ils les moindres traces. En arrière-scène, ils se répondent bientôt, d’un plié l’autre, d’un saut l’autre, dans l’esquisse d’une contorsion.

Lorsqu’ils s’approchent pour s’attraper enfin, c’est par la manche, prise pour une aile – celle d’un corps fatigué par les premières répétitions. Il faut alors lui redonner vie et forme, étirer son vêtement gris de ciel comme on étire une peau. Répondre au jeu simple des unions et des désunions ; tenter de trouver un nouvel équilibre sur le dos de l’autre, sur sa jambe, son flanc, son épaule.

Retour au premier geste : la mémoire du corps
Le jeu les mène de part et d’autre d’un faux sol sur lequel ne se trouve aucun appui. L’unique support envisagé viendrait du corps de l’autre. Elle est un pantin inanimé, pendue sans vie à ses bras. Lui tente de lui redonner un élan. Incantatoire, la musique souvent réduite au silence n’imprime aucun rythme. Elle est simplement l’indice d’une liberté, d’un souffle, à retrouver : il s’agit bien de reprendre vie depuis le tout premier geste exprimé.

« Lowland » : plaine, mémoire du corps et des possibilités du corps. L’un spectateur de l’autre, un autre jeu se met en marche. Leurs gestes peuvent désormais s’étendre à tout leur corps, des bras (des ailes) aux jambes (aux pattes). En solo, la danseuse s’épuisera autrement, par détente et tentatives de trouver des points d’ancrage pour se redresser. En duo, les deux danseurs prendront racine l’un en l’autre, en même temps que confiance. Leurs gestes se délient peu à peu, deviennent des pas-de-deux, des glissades et des écarts. La course dans les airs devient un manège et autorise les portés. La jambe est une nouvelle branche sur laquelle se reposer, un nouveau fil autour duquel s’enrouler, un nouveau chemin depuis lequel prendre envol, ou un nouveau ciel duquel chuter sans crainte.

Au loin, des ombres blanches d’oiseaux sont bientôt remplacées par celles passantes des danseurs, fendant l’espace en miroir, à la fois éprouvés et légers. Ils ont cette fois tout le temps de la traversée, de la dislocation et de la prise de possession du lieu, tout le temps de faire dialoguer l’air et les éléments sensibles de l’air entre eux, de donner à leur corps le vocabulaire de nouveaux gestes : vagues, pivots, fentes et arabesques au sol. Ils repoussent alors violemment ce que l’on imaginerait être des nuages et retrouvent la tranquillité d’un cercle à deux, qui vient avec la tombée d’une nuit.

Lowland
Concept et chorégraphie : Roser López Espinosa
Interprétation et création : Guy Nader, Roser López Espinosa
Musique originale : Ilia Mayer
Création lumières : Katinka Marat
Assistant de mouvement : Maria Campos
Photo © Alfred Mauve
Création 2013 en partenariat avec l’Institut Ramon Llull dans le cadre du programme Avignon à la Catalane 2015
Aux Hivernales – Centre de développement chorégraphique dans le cadre du Off d’Avignon du 10 au 20 juillet à 15h30

 

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