Théâtrorama

1969, année cosmique. L’homme franchit l’ultime frontière en posant le pied sur la lune…

2001 : A Space Odyssey de Stanley Kubrick remporte un succès triomphal et Space Oddity, un des morceaux les plus emblématiques de David Bowie, fait vibrer les radios. Quarante-six années plus tard, vous allez assister à la transposition du Huis-clos de Sartre dans l’espace par une troupe nippone décomplexée, s’aventurant allègrement au delà des codes du spectacle vivant.

Souvenez-vous. Les protagonistes de Sartre, isolés dans une pièce imperméable et close, n’avaient rien en commun et tentaient de comprendre le pourquoi de leur situation. La Cie Kaimaku Pennant Race décide de s’approprier le texte pour mieux le décloisonner. Irracontable, cette expérience théâtrale post-moderne n’en est que plus fascinante. Trois astronautes vêtus d’une combinaison blanche moulante gesticulent et se contorsionnent en s’époumonant, sur un plateau cerné par des écrans qui diffusent des images et des textes en anglais. Il ne semble pas y avoir de bornes ni de limites sur le territoire qu’ils arpentent, à tel point qu’ils n’hésitent pas, lors d’un passage surréaliste, à monter parmi vous sur les gradins pour vous demander avec insistance où se trouve le sud.

Vous comprenez alors très rapidement que les astronautes/comédiens cherchent désespérément une boussole qui leur indiquerait la présence du moindre petit repère. Car il s’agit bien ici de parvenir à reconquérir un semblant d’organisation, donc d’existence, dans un espace-temps devenu incompréhensible à un cerveau désorienté par le manque de références et de balises. Même une lampe torche directement greffée dans leur bouche ne les guidera nulle part.

Derrière chaque porte, une autre
Par un impressionnant travail du corps, les comédiens vous donnent le sentiment d’être redevenus des enfants perdus en appelant désespérément à leur mère. Ce retour à l’état primitif, symbolisé par l’apparition de l’australopithèque de 2001 sur une TV et d’un monolithe au fond du décor, voit la situation se dégrader progressivement à force de vaines répétitions et d’illusoires libérations. Il est beaucoup travaillé sur la fragmentation, la reconstitution des morceaux épars. Quand une boule disco explose et libère une myriade de petites pièces, les organismes/astronautes se précipitent sur le tas d’objets mais ils n’arriveront à rien recomposer. Tout espoir est vain et rien ne viendra rebâtir un semblant d’ossature. La grande question : « la science a t-elle dépassé l’histoire ? » restera sans réponse.

C’est une véritable expérience de laboratoire que vous allez vivre. Les trois comédiens dégagent une énergie phénoménale sans jamais fléchir un instant. Vous allez très vite perdre pied mais vous ne relâcherez jamais l’attention. La mise en scène de Yu Murai (fondateur de la Cie), fusionnée avec la superbe lumière de Taro Nishimura qui alterne entre le bleu froid et le rouge vif, entretient une inexorable fascination grâce à une pléthore d’idées délirantes comme cette partie de tennis au ralenti sans raquette ni balle ! Vous allez, tels des cobayes, atteindre les lisières de l’univers connu, donc de vos propres limites, dans ce qu’il faut bien qualifier de performance insensée qui parvient, le temps d’une petite heure à vous faire oublier l’existence du monde réel. Autant alors vous prévenir de suite : votre atterrissage risque d’être mouvementé.

1969 : A Space Odyssey ? Oddity !
Auteur et metteur en scène : Yu Murai
Avec Takao.k.a.saki Takuro, G.K. Masayuki, Nene Okubo, Akihiro Kohama, Yu Murai
Lumières : Taro Nishimura
Image : Kazuki Watanabe
Musique : Tsutchie (Shakkazombie)
Durée : 1H00
Crédit photo : Takashi Ikemura

Du 22 au 24 octobre à 16h aux Journées Théâtrales de Carthage à Tunis.

Dates de tournée: La Cie Kaimaku

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