Théâtrorama

Ce qui demeure, d’Elise Chatauret à la Manufacture

Ce qui demeure, théâtre documentaire de l’intimeDeux comédiennes et une musicienne occupent le très bel espace scénographique conçu par Charles Chauvet. Au plus proche du public, un sol blanc, pour le moment, immaculé. Au lointain, derrière une baie vitré, on aperçoit la reconstitution d’un appartement modeste : une table et des chaises en formica, un petit four, un frigo et quelques plantes. C’est là-bas, (trop) loin du spectateur que commence le spectacle. Deux femmes, l’on comprend que l’une est plus âgée que l’autre et qu’elle a cuisiné. Elles échangent des banalités sur des recettes de cuisine et l’assaisonnement de la salade. C’est de cet espace et de cette banalité, qui avouons-le, peut inquiéter au début, que naitra la très belle et singulière proposition d’Elise Chatauret.

Un texte en partition musicale

Ce qui demeure est né des entretiens que l’auteure et metteure en scène a conduit avec sa grand-mère. Celle-ci âgé de 93 ans a traversé le siècle dernier, ses tragédies tout comme ses avancées pour les droits des femmes par exemple. Tout le texte est donné tel quel. Les deux comédiennes se partageant le texte (écrit à quatre mains avec Thomas Pondevie) rapportent avec précision ces mots, les hésitations, les reprises. Le texte se fait partition musicale et entre en échos avec le beau travail sonore de Julia Robert qui joue des réverbérations de son alto. Entre résonnances et raisonnements, le décor se fait image mentale et la sensation d’entrer dans la pensée de la vieille femme ne nous quitte plus. Rien d’impudique, au contraire, plutôt le sentiment (fort rare) d’entrer en lien avec un individu. Ce théâtre documentaire de l’intime nous rappelle que c’est ce qui est de plus intime en nous qui est, en fait, le plus universel. Lorsqu’apparaît de la salle, une femme âgée, marchant avec difficulté pour traverser l’espace de jeu et nous jeter un regard, alors c’est, nous qui traversons et le temps et l’espace. Et l’on se demande alors, quelque soit notre âge, ce qui restera de nous, la trace qu’on n’aura laissé, et si, quelqu’un-e proche ou lointain, prendra le temps de consigner l’inoubliable insignifiance de notre temps passé ici.

Elise Chatauret fouille avec pudeur et sensibilité dans la mémoire de son aïeule dont on ne saura jamais exactement qui elle est. On devine la mort d’un de ses fils, un possible deuxième mariage. A la toute fin de la pièce, sont projetés sur l’espace scénique devenu entièrement blanc, un échange de mails entre les deux femmes. Se demande si ces entretiens auront un quelconque intérêt pour les spectateurs. Et c’est à cet instant précis que le spectacle prend toute sa dimension. Qu’est-ce qui fait théâtre ? A partir de quand un texte est-il assez intéressant pour être entendu sur un plateau ? A partir, parfois, de tout petits riens, encore faut il avoir le talent de cette belle troupe.

Ce qui demeure
Ecriture et mise en scène : Elise Chatauret
Dramaturgie et collaboration artistique: Thomas Pondevie
Avec Solenne Keravis, Justine Bachelet ou Elsa Guedj (en alternance) et Julia Robert Composition sonore : Julia Robert
Scénographie et costumes : Charles Chauvet
Lumières : Marie-Hélène Pinon
Crédit photos : Hélène Harder

Festival Off d’Avignon
Jusqu’au 26 juillet à la Manufacture

Tournée
– Théâtre du Beauvaisis : 9 et 10 mai 2019
– Théâtre Roger Barat – Herblay / 14 mai 2019
– Théâtre des Quartiers d’Ivry / 18-28 mai 2019

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