Théâtrorama

Au cœur de l’Hôtel d’Angleterre, où elle descend depuis de longues années, nous rencontrons Myriam Boyer, belle et grande actrice française, plusieurs fois récompensée par le Molière de la meilleure comédienne, et qui joue cet été à Avignon « Louise au parapluie ». 

Une femme touchante et sincère qui évoque sa carrière, son travail, sa vie. Pas de superflu. Elle se livre sans détour, garde le sens de l’humour quoi qu’il arrive, et s’engage comme à chaque fois avec une grande intensité et un véritable échange avec la scène… et le public.

L’histoire : Ce n’est pas parce que Louise a passé toute sa vie en usine à enfiler des baleines de parapluie qu’elle n’a pas d’opinion sur la vie et la société. Et c’est ce qu’elle va prouver à son fils Antoine, ex-sportif devenu Youtuber, en décidant de se présenter aux prochaines élections municipales de sa commune. Des élections mais surtout la reconquête d’un fils pour Louise, avec la complicité de Jacqueline, sa collègue et nouvelle amie, devenue leur trait d’union.

Vous êtes aujourd’hui à l’affiche de Louise au parapluie, de Emmanuel Robert Espalieu, qui je joue au théâtre des Gémeaux à Avignon. Racontez-nous ce qui vous a séduit dans ce nouveau projet ? Pourquoi l’avez-vous accepté ?

Myriam Boyer: C’est grâce à Emmanuel Robert Espalieu. C’est lui qui avait écrit en 2014 « Riviera » le rôle de Fréhel, un rôle très fort, et qui me tient à cœur encore aujourd’hui, une pièce que j’ai adorée. Cela faisait longtemps depuis Riviera, qu’il me disait : « je vais écrire une pièce pour toi ». Il est venu voir Misery, et puis en sortant il me dit « Je crois que j’ai une idée ! » Trois mois après, il m’a envoyé cette pièce Louise au Parapluie. Je lui ai dit tout de suite oui. Je trouve que l’on a rarement des pièces qui sont « dans le moment », et dans cette comédie sociale, c’est parfaitement réussi.

Louise, le personnage, vous l’avez aimé tout de suite ? C’est un personnage qui vous touche ? 

Myriam Boyer: Tout ça est tellement vrai ! L’usine, le fils, la copine, le rapport entre la mère et le fils. J’étais dans ce monde-là avant de faire le métier de comédienne, je suis en train de jouer une bonne femme que j’aurais pu être si je n’avais pas rencontré le théâtre ! Emmanuel Robert Espalieu a visé juste. Louise, je l’ai aimé tout de suite, car elle est humaine, tellement humaine… La phrase que je préfère c’est « Ce n’est pas parce que je passe la moitié de ma vie dans une usine, et l’autre moitié dans ma cuisine, que je ne regarde pas le monde autour ! » Je trouve cela joli, et ça résume tellement de choses.

Elle est sincère ?

Myriam Boyer : Elle est vraie, tout simplement. La pièce est sincère et écrite d’une manière minimaliste. Il y a des mots qui reviennent souvent. C’est très drôle d’ailleurs, car je parle « des gens » sans arrêt. Et quand vous imaginez que cela fait des années, peut-être vingt ans, que l’on parle des gens, des gens d’en bas… Il y a plusieurs expressions comme ça depuis longtemps. Et bien les voilà ! Ils sont rarement représentés sur scène. Finalement les gilets jaunes les ont sortis de l’ombre, et moi je suis très contente, car il y a enfin un regard sur eux. C’est ce qui m’a plu, je sais de quoi elle parle, je sais qui est Louise ! Vraiment j’adore cette bonne femme, petit nom que j’affectionne « Bonne Femme ».

La relation qu’elle entretient avec son fils n’est pas simple. Deux générations différentes qui s’affrontent dans la société d’aujourd’hui. Elle essaye de le comprendre, mais ce n’est pas facile …

Myriam Boyer : La relation entre eux n’est pas facile, c’est vrai. Elle veut exister dans les yeux de son fils. Il y a de l’incompréhension au début. Mais je vais vous dire, c’est comme ça que cela se passe les trois quarts du temps ! Les mères avec les enfants, ce n’est pas simple. Ils ne vous connaissent pas en dehors de leur quotidien à eux. Vous faites partie des meubles, Vous avez la fonction. La fonction ici, c’est de faire le dimanche un rôti avec des frites, ou de faire la lessive. On est entré dans un monde terrible ! Imaginez que depuis que vous êtes gamin, vous n’avez pas quitté votre chambre, vous êtes sur votre jeu vidéo, ou internet, et vous avez l’impression de vivre. Si l’on réfléchit un peu, c’est quand même eux, qui nous on apprit à nous servir d’un ordinateur ou d’un portable. Aujourd’hui, le rapport est complètement inversé. Nous sommes dépendants d’eux. A mon époque, c’était les parents qui nous apprenaient à jouer aux petits chevaux. Je trouve que cela est bien dit dans la pièce. L’incompréhension générationnelle.

C’est un peu sa revanche, son entrée en politique ?

Myriam Boyer : Louise, elle n’a pas envie de comprendre tous ces trucs-là. Cela fait quarante ans qu’elle travaille. Elle a sa maison, les parapluies qui sont toute sa vie, son fils. Mais elle va quand même lui prouver en se présentant aux municipales, qu’elle peut faire autre chose. C’est sa victoire sur la vie, elle le dit très bien. La pièce est une belle comédie sociale, pleine d’humour aussi, et un vrai personnage que j’interprète. 

Cet univers, ce milieu ouvrier, ce côté rebelle et sincère qu’elle a, vous y trouvez un écho personnel ?

Myriam Boyer : Oui bien sûr ! Car la comédienne, la productrice, que je suis, c’est pareil. C’est ce qui se passe dans son usine à elle. J’ai toujours bataillé, j’ai monté ma boîte de production, j’ai imposé des projets… Encore cette fois-ci, je produis la pièce. C’est un peu la même démarche que j’ai eue, foncer en y croyant, même si… Cette fois-ci, cette femme, c’est un peu moi, elle me ressemble ! C’est d’ailleurs un problème que j’ai souvent rencontré, d’être confondue avec mes personnages. On se dit, elle est comme ça dans la vie… Mais non, j’interprète, je vais au bout des personnages. Que ce soit Misery, Chère Elena, Médée Kali, ce sont des rôles prenants, monstrueux parfois. Mais je les incarne jusqu’au bout. J’assume totalement ces rôles-là. J’adore ça. Je me souviens que l’on disait que j’étais comme Simone Signoret, parce que j’avais fait Le chat, Non ! Nous avions le même personnage, mais je n’ai pas essayé de faire du Simone Signoret. J’avais le rôle d’une femme pour l’adaptation théâtrale, et qui auparavant, avait été joué par Signoret pour le cinéma. D’ailleurs, elles sont différentes dans chaque adaptation, l’une petite bourgeoise de Province, l’autre une saltimbanque…

Vous pensez quoi des Youtubeurs ?

Myriam Boyer : Je vais vous avouer que je suis bien heureuse d’avoir fait partie de l’autre génération, celle d’avant, qui n’a pas eu à vivre avec cette nouvelle technologie. Bien entendu, cela facilite beaucoup de choses, mais on dépend tellement de tout ça aujourd’hui. Devoir créer une chaîne sur YouTube pour exister, ou montrer qui l’on est, je trouve cela triste. C’est étonnant d’évoluer de cette façon. Nous avons perdu le sens d’un relationnel simple et naturel. C’est dommage. 

Qu’est-ce que l’on ressent quand on vous fait le cadeau d’écrire une pièce pour vous, comme l’a fait Emmanuel Robert-Espalieu ? Est-ce la première fois qu’un auteur écrit pour vous au théâtre ?

Myriam Boyer : Laurent Godet m’avait déjà fait cet honneur dans le monologue de Médée Kali. Emmanuel est revenu quelques années après m’avoir proposé Riviéra. C’est comme si on vous présentait un cadeau, un cadeau de la vie, du métier, puis pour vous personnellement. Emmanuel a écrit ce texte, en sachant que c’est aussi la femme que j’aurais pu être. Et mine de rien, c’est peut-être le rôle le plus compliqué que j’ai fait, alors que cela a l’air d’une simplicité évidente. C’est la pièce qui a été la plus dure à travailler pour arriver justement à quelque chose de vrai, de naturel. Il faut passer par des étapes incroyables, un travail d’actrice profond. Comme le texte est simple, il faut le comprendre vraiment pour le jouer le plus naturellement possible.

Il vous arrive de jouer, de travailler avec une jeune génération d’acteurs (Chère Héléna…). Est-ce que cela vous conforte dans l’idée qu’il y a une belle relève de comédiens ?

Myriam Boyer : Dans Chère Héléna, « les gamins d’à peine vingt ans » étaient exceptionnels ! Cela a été un moment fort tant par le texte, le rôle et ces quatre jeunes. J’ai adoré ! Je continue de les suivre dans leur parcours. C’est une génération formidable. Il y a une générosité et un respect entre eux, quelque chose que je n’avais pas vue depuis longtemps. On est revenu à un travail ou cela se passe facilement entre eux, ils ne se quittent pas, se protègent… Oui, vraiment c’est une belle génération de comédiens qui fait de très belles choses.

Vos partenaires dans Louise au Parapluie, ce sont Prune Lichté et Guillaume Viry, parlez-nous d’eux.

Myriam Boyer : Eux n’ont pas vingt ans, (sourire) mais je les aime tous les deux. C’est pour cela qu’ils sont là. J’avais fait un court métrage avec Guillaume et j’en avais gardé un très bon souvenir. Je le voyais, je me disais « il a un monde à lui. » Je trouve qu’il un côté Patrick Chesnais en plus jeune. Je ne me suis pas trompée en proposant le rôle à Guillaume. Quant à Prune, elle est géniale. Elle a une sensualité qui enveloppe son personnage. Elle pourrait-être ma sœur, ma fille, il y a quelque chose de magique. Jeune femme, j’ai joué avec son grand-père Joël Séria que j’adorais. Et il m’avait dit à l’époque, « j’ai une petite fille (Prune) qui me fait penser à toi ». Et la voilà aujourd’hui à jouer à mes côtés… 

Quand vous montez sur une scène, votre rapport avec le théâtre est-il toujours aussi profond, aussi intact des années après ? Vous aimez jouer comme si c’était la première fois ?

Myriam Boyer : Je dis tout le temps, quand j’attaque une pièce, je suis vierge ! C’est incroyable, je ne sais pas comment je vais la jouer, comment je vais faire. Tout ce que l’on voit après, on ne peut pas l’imaginer, je pense. Je ne trimballe rien, j’y vais… C’est pur, j’attaque, je n’ai pas de retenue. C’est toujours une émotion ou des sentiments que je cherche, et que je finis par trouver.

  • Louise au Parapluie
  • Texte et mise en scène Emmanuel Robert-Espalieu
  • Avec Myriam Boyer, Prune litché, Guillaume Viry.
  • Crédit photos: DR
  • Jusqu’au 28 juillet à 22H30 au Théâtre des Gémeaux 

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