Théâtrorama

La parole est donnée. Dés le début. De lui à nous, en toute simplicité. Ce sera lui d’abord, comme dans une cour de récré, et puis après on aura droit nous aussi de parler et ce sera bien comme ça. Gilles Cailleau, cet artiste si singulier, nous parle vrai et étrange. Il pose des questions, comme ça. Ça a l’air simple les questions qu’il pose. Et puis plus ça va, plus il se les pose à lui, plus il rentre dans son monde intérieur avec nous qui l’accompagnons dans sa tête, parce que forcément maintenant on veut savoir. Alors quand est-ce que ça a commencé le vingt-et-unième siècle ? Avec internet ? Avec le 11 septembre ? Quel bouleversement, quel événement a changé ainsi notre rapport au monde et au langage ?

Comprendre, alors. Il faut comprendre. Reprendre au début, aux sources du langage et du jeu. Nous sommes sous un chapiteau, on va pouvoir jouer. Gilles Cailleau commence à écrire une histoire, et il le fait en plantant des couteaux sur le petit plateau en bois. Il plante sur la planche la toile qui accueillera la  construction de son nouveau monde. C’est peut-être cela l’écriture, la vraie, la sincère : ça coupe, c’est dangereux, c’est plein de rage retenue. Ça part du fond de soi, aux sources sombres de l’amour. Et puis on peut se blesser. Et il se blesse d’ailleurs, ce magnifique interprète. Il saigne de la tête, il y a trop d’idées.

Il joue comme un enfant l’histoire qui se déroule. Les playmobils sortent des sacs et puis après les poupées. On va jouer au 11 septembre. On va jouer aux migrants qui se noient. On va jouer au changement climatique. C’est rigolo. C’est déchirant. Comment retenir ses larmes devant tant de poésie brute et de rappels au réel ? Gilles Cailleau invente aussi le futur après le désastre. Pour ses poupées de plastique et de chiffons, pour ses petits avatars d’humains, il est comme un dieu cruel et bienveillant.

Tout est singulier, tout est pluriel

Maintenant c’est à notre tour d’être vivants, nous spectateurs. Gilles Cailleau nous invite à sortir de nos récits un peu convenus il faut bien le dire. Il nous pose des questions qui paraissent simples comme ça. « Qu’est-ce qui vous fait le plus peur ? ». « Qu’est-ce que que vous voudriez avoir fait avant de crever ? »

Il nous tend le micro, alors à nous de jouer. On a une petite chance de parler avec le cœur.

Puis la parole est ramassée, et mise sur un petit radeau, ou une île, ou le dernier recoin de terre émergée. Nous faisons partie à présent de ce nouveau monde. Nous et les autres. Chœur pluriel fait de mots singuliers.

Les âmes humaines se logent dans des playmobils. Nous redevenons jouets d’enfants entre des mains de géant. Le monde nouveau, c’est nous. Un monde à réinventer, un monde à sauver, une petite parole humaine sur un radeau médusé. Nous sommes bien là de nouveau. Bien vivants à nouveau. Mais fragiles, si fragiles… rendus à nous-mêmes. Démunis. En larmes, le plus souvent.

Autre information : c’est l’anniversaire de la compagnie « Attention fragile », qui pour fêter ses vingt ans présente l’intégralité de ses spectacles sur l’Îlot Chapiteaux pendant trois semaines au Festival Off d’Avignon.

  • Le Nouveau monde
  • Metteur en scène : Julie Denise
  • Interprète(s) : Gilles Cailleau, Thibaut Boislève
  • Durée: 2h
  • Îlot Chapiteaux sur l’île Barthelasse jusqu’au 25 juillet à 13h

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