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 Le Temps des suricates de Marc Citti

Le Temps des suricates – On a tous craqué un jour devant des photos de suricates, ces sentinelles du désert qui, dressés sur leurs pattes, tout frémissants, semblent interroger les mystères du désert. Les suricates sont aussi des animaux sociaux vivant au sein d’une même colonie. Hors du groupe, dit-on, ils sont voués à une mort quasi certaine.

Le Temps des suricates

Oyonnax, son musée du peigne…Oyonnax accueille ce soir en tournée une représentation d’Hamlet… Des lumières du théâtre, des décors, des beaux costumes, on ne verra rien. Si ce n’est en écho et par ricochet, par le truchement d’un haut-parleur dans une loge minable où Mathieu et Édouard attendent leur tour d’entrer en scène.

Ces deux-là ne savent que jouer, faire l’acteur et comme les suricates, hors de ce milieu, c’est sûr, s’ils ne pouvaient plus jouer ils en mourraient… peut-être… Pour eux, tout se passe par procuration ; acteurs de complément, ils passent leur temps à attendre dans la loge que leur tour de passer sur scène arrive. Et pourtant ils continuent d’espérer et de se dire que le grand soir ne manquera pas de venir.

Mathieu, qui tourne en rond dans son métier de comédien et dans sa vie, scrute en vain un horizon de plus en plus vide d’espérance. Face à lui, Édouard se raccroche désespérément à son rôle d’Horatio dans Hamlet, espérant enfin que sa chance n’est pas loin. Ils n’ont cependant aucune illusion : ils jouent dans la même pièce, mais ils n’appartiennent pas au monde des acteurs-vedettes qu’ils ne font que croiser et qui ne les remarquent même pas.

Le Temps des suricates – Comédiens en réflexion

Coloration mélancolique, humour grinçant pour Le Temps des suricates, seconde pièce de Marc Citti. Jouant sur le flash-back, le souvenir, ancrant son propos sur l’envers du décor, il nous permet de regarder par le trou de la serrure et nous dévoile ce que les acteurs masquent sous de la pudeur ou de la vantardise. Le rire n’occulte pas l’incertitude d’un métier aux contours jamais définis et la peur que tout s’arrête. En se racontant, en se disputant, Mathieu et Édouard font surgir les fantômes du passé et la douleur des opportunités ratées.

Dans un décor sans relief composé de deux chaises, de deux miroirs mal éclairés et sur un plateau baigné d’une lumière blafarde, la mise en scène de Benjamin Bellcour joue sur la fantasmagorie de cette loge qui devient le centre d’une pièce « en négatif ». Avec le retour par haut-parleur qui crée une distance entre la scène et la coulisse, vue de ce côté-ci, la pièce qui se passe de l’autre côté de la scène se déréalise et devient à son tour un objet de fantasme.

Jouant sur leur opposition physique, les deux acteurs se complètent et se repoussent tout à la fois. Virevoltant, cachant sa détresse sous une avalanche de paroles, Marc Citti joue un Mathieu qui danse au bord du gouffre qu’est devenue sa vie. Face à lui, Vincent Deniard, tout en muscles et impressionnant par la taille, révèle timidement la pudeur, la sensibilité et la profondeur des blessures d’Édouard.

Lorsqu’elle se termine, la pièce laisse une drôle d’impression, comme le goût amer des illusions perdues. Pourtant, les confidences de Mathieu et Édouard, même en ternissant l’image glamour du métier d’acteur, nous laissent aussi entrevoir la part d’enfance intacte, irréductible et encombrante qui, au-delà des déceptions et des rendez-vous manqués, anime tout artiste pour lui permettre de continuer.

Le temps des suricates
De Marc Citti
Mise en scène : Benjamin Bellecour
Scénographie et création lumières : Anne-Marie Guerrero
Avec Marc Citti et Vincent Deniard
Crédit photo: Lisa Lesourd

Au théâtre des Béliers jusqu’au 26 juillet à 12h20



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