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Un Poyo rojo au Théâtre du Rond-Point

Un Poyo rojo mis en scène par Hermes GaidoUn Poyo rojo, un tourbillon d’amour et d’humour… Le duo d’acteurs-danseurs dirigé par Hermes Gaido dans Un Poyo rojo est époustouflant. Le pitch qui sous-tend la performance est pourtant relativement simple, et cette simplicité pourrait receler quelques pièges et favoriser des moments de faiblesse dans l’interprétation. En effet, il s’agit ici de transformer ce qui s’apparente à un concours de b*** en parade d’amour. C’est tout.

C’est peu… Mais ici c’est beaucoup

Car les deux acteurs s’en donnent à cœur joie… Et si tout repose sur leur complicité, leur écoute et leur jubilation, force est de constater qu’ils relèvent le défi brillamment. Il n’y a pas de temps mort. Les acteurs suivent avec humour et un sens prononcé du vivant une des directives les plus importantes du metteur en scène : « … l’unique erreur possible c’est de ne pas être là, c’est de rendre mécanique la répétition. Nous essayons d’optimiser quelque chose comme ça, une sorte de chaos de la négligence. »

Il faut encore avoir du chaos en soi pour pouvoir enfanter une étoile qui danse (Nietzsche, Ainsi parait Zarathoustra)

Un Poyo rojo, performance au vestiaire

Un Poyo rojo mis en scène par Hermes GaidoEt ce chaos prend corps devant nos yeux éblouis… Les deux acteurs évoluent dans ce qui ressemble au vestiaire d’une salle de sport, haut lieu de démonstration de virilité et décor obligé de porno – gay comme hétéro. Et leur duo se répond, se donne à fond. C’est un concours d’abord : c’est à qui fera la plus belle démonstration de ses capacités musculaires, de ses capacités sportives, de son inventivité, de sa beauté. Masculin et féminin se mêlent en joie, la parade d’amour prend corps dans la performance, ridicule et belle à la fois…

Plus les démonstrations sont viriles et plus l’homosexualité apparaît, ce qui est une bonne façon de remettre les pendules à l’heure… L’humour est ici ravageur car il montre l’ambiguïté qui ce qui se cache dans toute démonstration de ce type. Dans ce spectacle l’angle principal est avant tout comique : il s’agit – entre autres – de se moquer d’une certaine idée de la virilité et des images qui s’y accrochent. Et en passant on en révèle tout le bagage inconscient… Il reste alors seulement deux personnes qui se cherchent l’une l’autre. L’épuisement physique mettra à nu leur désir.

Toutes les références y passent : combat de coq, oui, comme le nom du spectacle l’indique, mais aussi boxe, lutte gréco-romaine, danse classique, patinage artistique, cheval d’arçon, défilé de mode, concert pop, clip de rap, concours de the voice… Dans « Un poyo rojo », la performance, qu’elle soit vocale, scénique ou sportive se montre pour ce qu’elle est vraiment : une parade de séduction.

Mais alors, dans une telle débauche de corps et d’images, dans un spectacle qui demande tant de précision comment ne pas tomber dans la répétition ? Les deux acteurs ont pour cela un allié de choix : une radio. A intervalles réguliers, les deux interprètes jouent avec un poste qui diffuse des émissions en direct et ils se laissent porter par ce qu’ils entendent. Ça tombe toujours juste, et la radio se fait medium magique et vecteur de présent. On atteint alors la poésie. Ce spectacle n’est pas seulement un bon spectacle. C’est un p***** de tube.

Un Poyo rojo
Misse en scène : Hermes Gaido
Avec Alfonso Barón, Luciano Rosso
Chorégraphie : Luciano Rosso, Nicolás Poggi
Lumière : Hermes Gaido
Crédit photo Paola Evelina 2014

Jusqu’au 8 octobre au Théâtre du Rond-Point

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