Théâtrorama

Rouge

Le hip-hop est la nouvelle danse classique…

C’est cette affirmation aussi osée que son titre que le spectacle Rouge nous a soufflée. De la danse du Roi Soleil en effet, la danse classée « urbaine » (étiquette désuète) ne garde-t-elle pas la virtuosité technique, les prodiges de l’apesanteur, la passion d’interprètes vissés à l’entraînement depuis l’adolescence, des origines « populaires » et un rayonnement mondial ? De plus, et surtout, depuis son arrivée dans l’institution il y a quelques années, la danse hip-hop n’offre-t-elle pas la garanties de chorégraphes de génie ? De la narration moderne à la variation poétique, les nouvelles pièces font feu des simples démonstrations spectaculaires de leurs débuts. Nous sommes, depuis quelques temps déjà, face à des artistes.

Mikaël Le Mer en est un. Avec sa compagnie S’Poart, il mêle les bases de la danse des rues à celles de la danse contemporaine. L’énergie sauvage se voit contenue dans le flot perpétuel du geste qui se déroule. Le mouvement, de long en long, se fait pâte onctueuse et souple, prodigieuse élévation sans brisure, secousse-caresse. Il nous enrobe et nous décime : avec lui, nous partons.

Ballet de rue
Au gré des vagues surgissent, un radeau de la méduse criblé de bras nus, un toréador, une danseuse latine, un cracheur de feu, un dalton amoureux… et la force d’un collectif inébranlable. Les mouvements de chœur sont immenses d’écoute et d’énergie diffusée. A côté d’eux, les solos sont tout aussi grands : venus de diverses branches du hip-hop, les interprètes ont une maîtrise de leur spécificité à en couper le souffle. De bout en bout, la compagnie S’Poart creuse le subtil. La pièce progresse dans le sens du moins accessible, du moins palpable, jusqu’à toucher la fragilité d’une flamme en fin de vie. Reste de bougie vacillant avant de s’éteindre.

Le hip-hop est la nouvelle danse classique. Ici et là, le corps de ballet draine la pièce de bout en bout, les solistes offrent le génie de leur pâte. Mais à la différence de là, ici pas de jaloux : tout le monde est corps de ballet, et tout le monde est étoile. Pour les amoureux du firmament.

Rouge
Chorégraphe: Mickaël Le Mer
Danseurs interprètes : Dara You, Aurélien Desobry, Nicolas Sannier, Teddy Verardo, Thomas Badreau, Dylan Gangnant et Giovanni Leocadie.
Scénographie : Olivier Menanteau
Photographie : Le Poulpe
Musiques : Julien Camarena

Dates de tournée : compagnie Spoart

 

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