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Fruits of Labor de Miet Warlop

Fruits of Labor de Miet WarlopFruits of Labor – Un drap recouvre le plateau avant que le spectacle ne commence véritablement. On devine des formes, des éléments de sculpture, des tables peut-être où sont accoudés les performeurs, des instruments de musique en fait. Miet Warlop parle pour qualifier ses spectacles d’Objet Scénique Non Identifié et il y a à chaque instant sur le plateau quelque chose d’inidentifiable.

La question du médium est constante : le vocabulaire plastique se superpose aux codes de la musique et brouille les pistes. Les salles de théâtre sont noires, les galeries blanches, l’imposant bloc de polystyrène qui trône sur le plateau nous invite à penser différemment l’espace. Le plateau est une variable d’ajustement. Le temps d’un spectacle les objets se déplacent, les acteurs aussi : il faut sans cesse se réajuster. Miet Warlop nous montre ce process ; musicien-technicien passe leur temps à se raccorder, désaccorder. Les câbles dessinent une esthétique de l’enchevêtrement.

Fruits of Labor, poursuite d’atelier

Fruits of Labor de Miet WarlopDans sa robe à facette, figée sur son socle, Miet Warlop se donne à voir comme une icône de la chanteuse. Cette image inaugurale annonce le début d’un concert fou, d’un étrange cabaret. On pourrait parler d’une entreprise de déconstruction de grande ampleur. Il s’agit autant de démonter des clichés avec humour que d’affirmer la fragilité d’un moment de scène. Les trouvailles visuelles et scéniques se succèdent sans trêve. Le public vit une expérience intense, bousculé par les éléments du décor qui ne sont pas fixes, quand il ne relève pas le performeur tombé au pied du premier rang. Les musiciens prennent plaisir à jouer et les chansons ne sont pas un prétexte à spectacle mais une part du spectacle elle-même.

Le spectateur tient entre les mains les paroles des chansons. Airs populaires aux paroles plus profondes qu’elles en ont l’air ces chansons parlent autant d’amour que d’anxiété. La langue porte en elle le mouvement d’une époque et s’il nous faut « dépasser la barrière du langage » c’est pour trouver de nouvelles formes. Les collages scéniques évoquent quelque chose de la liberté de la Beat Generation et sans doute on retrouve ça et là des hommages à Burroughs. Par le spectacle, le monde contemporain est montré tel qu’il est ; Jésus Christ superstar pose autant la question de la religion que celui de nos modèles politique.

Fruits of Labor pose avec pertinence et légèreté les questions, les enjeux du contemporain. Si la question-conclusion : «Est ce que c’est le monde auquel j’appartiens ? » reste en suspens il est en tous cas certains que nous appartenons à ce spectacle dans lequel nous pouvons nous projeter.

Fruits of Labor
Concept et mise en scène : Miet Warlop
Assistée de Barbara Vackier (sculptures) Ian Gyselinck, Sander Vos (mobiles)
Musique et performance : Miet Warlop, Joppe Tanghe, Wietse Tanghe, Tim Coenen, Seppe Cosyns
Costumes : Sofie Durnez, Karolien Nuytens, An Breugelmans
Directeur technique : Hugh Roch Kelly
Régie son : Saul Mombaerts, Pieter-Jan Coppejans,
Lumières : Henry Emmanuel Doublier

Dates de tournée sur le site de Miet Warlop

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