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Tu, el cielo y tu de Catherine Berbessou

Tu, el cielo y tu – Certains prétendent que le tango est une danse de salon. Catherine Berbessou qui en a appris les pas auprès des grands maîtres argentin affirme qu’il s’agit avant tout d’une danse contemporaine. Sa dernière création, Tu, el cielo y tu, présentée lors de la 19ème biennale du Val de Marne, emprunte à l’imaginaire du tango pour traiter du discours amoureux.

L’histoire du tango est liée à celle des bordels. Si le spectacle s’ouvre dans la pénombre sur des corps dénudés à l’horizontal, il ne faut pas y voir un hasard. La pulsion sexuelle est là, à l’origine de la danse, dans les mouvements convulsifs. Le tango est une tension continue et l’exercice est semblable à celui de la passe d’arme. Les mouvements s’échangent comme un dialogue musclé. Les danseurs enfilent leurs costumes sous nos yeux, dans des chassés-croisés chargés de violence. On s’habille pour tuer ; la séduction est une démonstration de force.

Tu, el cielo y tu

Le corps et le chœur

La technique des danseurs est sûre. Leurs fuites et leurs coups sont à peine retenus. On ne sait pas si l’on peut parler de confiance entre les partis adverses. L’homme mène la danse, la femme le suit non sans résistance. Il y a quelque chose de brutal, d’incertain dans la rencontre. Le tango se danse à deux, mais entre les duos, ce sont bien dix danseurs qui investissent la scène. Les transitions entre les couples prennent l’allure de course. De deux à dix c’est la même urgence, un même battement de chœur. Catherine Berbessou entend montrer par les corps le sentiment amoureux : éternelle histoire du toucher, du regard et de l’esquive…

Tu, el cielo y tu : passage en force

Tu, el cielo y tu de Catherine Berbessou

Quelques duos se démarquent de l’ensemble par leur fragilité. Le jeu de veste entre un “toréador” et sa partenaire se conclut avec une tendresse rare. Une chorégraphie en couverture de survie impose le silence. Le spectacle n’est pas sans qualités, mais souffre de multiples déséquilibres. Ces moments précieux sont éclipsés par la lourdeur d’un dispositif carcéral. En effet Catherine Berbessou, sans doute pour suggérer un ring encadre d’une rambarde métallique son plateau. Si l’idée d’un lieu clos peut suggérer l’intimité, la redondance ici entre ce cadre et des barrières gêne surtout les regards.

Il est difficile pour un danseur de s’improviser acteur, ce n’est pas tant une expression du corps qu’un ton. La comédie ne prend pas ici malgré le recours au gag. L’humour sonne faux quand une femme qui cherche à embrasser un homme est repoussée de plus en plus méchamment. La légèreté est incompatible avec la violence. Le spectacle en devient problématique : le machisme est latent mais jamais il n’est mis en cause en tant que tel. Catherine Berbessou multiplie ainsi les maladresses et semble passer en partie à côté de son propos. Les clichés encombrent Tu el cielo y tu, un spectacle qui parvient à transmettre la fièvre du tango mais pas toujours à nous parler d’amour.

Tu, el cielo y tu
Conception et chorégraphie : Catherine Berbessou
Interprètes: Carmela Acuyo, Stéphane Bourgeois, Rémi Esterle, Noémi Ettlin, Claire Meguerditchian, Willem Meul, Marion Métais, Sabine Novel, Federico Rodriguez Moreno, Isabelle Teruel
Assistante : Claire Richard
Création sonore : David Geffard
Crédit photo : Dan Aucante

Vu au Théâtre de Rungis – Création de la Biennale de danse du Val de Marne

 

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